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 01 - Pour une bouchée de pain.

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Koah Lang
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MessageSujet: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mer 3 Oct - 1:47

A Lydée, il faisait jour depuis maintenant quelques heures, et Koah, comme depuis une semaine, était assigné au village suite à sa dernière incartade qui s’était soldée par la destruction d’une tour de guet à la bordure nord de la frontière de Lydée. Le Conseil avait été sans appel, la sentence était tombée lourdement sur les épaules du jeune homme qui la ruminait de plus en plus, à mesure que les journées s’écoulaient ennuyeusement dans le village. Il n’avait plus le droit – jusqu’à nouvel ordre – de quitter Lydée pour quelque raison que ce soit, ni pour les offrandes à Okan, ni même pour la cueillette des hauts fruits à la lisière de la Grande Vallée.

Pour couronner le tout, les prêtres d’Okan lui imposaient le jeûne. Une banane et deux godets d’eau par jour lui étaient seulement autorisés… rien de plus, rien de moins. Même sa toilette était faite à l’eau salée pour l’empêcher de se désaltérer. Koah commençait à trouver la punition excessive. Après tout, ce n’était pas de sa faute si ce bœuf, un poil soupe-au-lait, n’avait pas apprécié de se faire chevaucher quelques malheureuses et insignifiantes secondes par le jeune homme. L’animal avait chargé tête baissée à sa poursuite… poursuite qui s'était terminée au pied de la petite tourelle de bois que des bâtisseurs peinaient à achever dans les temps impartis par le Conseil de Lydée.

Après une longue semaine à avoir le ventre perpétuellement presque vide, ce matin là, Koah était bien décidé à se nourrir plus dignement. Son estomac criait famine, et l’odeur merveilleuse du pain aux noix sucrées – l’un de ses péchés mignons – qui provenait du stand des boulangers dans le grenier, réveillait en lui sa gourmandise. Plusieurs fois, on lui avait fait remarquer qu’il n’avait pas à se trouver ici au milieu des Lydéens faisant leur marché. Les préposés aux divers stands de nourritures refusaient tous avec fermeté de lui octroyer ne serait-ce qu’une mangue ou un raisin. Les prêtres d’Okan avaient été très clairs, et les ordres donnés à la population étaient suivis à la lettre.

Le jour du pain aux noix sucrées... comment résister ? Planté à quelques mètres des boulangers, Koah dévorait des yeux les magnifiques pains ronds encore fumants. Alors qu’il s’apprêtait à tenter le tout pour le tout, sous le regard presque haineux de Letor, le gros boulanger au crâne dégarni, une main puissante se posa sur son épaule, l’empêchant de se précipiter vers la montagne de miches pratiquement à portée...

« N’y pense même pas. Le gros Letor t’a à l’œil. », murmura d’un ton amusé la voix grave de Gurkan Miras, un grand et puissant guerrier au regard azur. « Il t’aura coupé la main avec un hachoir avant que celle-ci ne puisse s’emparer de l’un de ses pains. » Le colosse esquissa un demi-sourire. « J’ai entendu, en arrivant, ta mère lui demander de garder un œil sur toi, et il le fait très bien le bougre. Crois-tu qu’il t’en veuille toujours d’avoir osé lui arracher sa moumoute l’année dernière ? ».

« Sans aucun doute, mais il l'avait bien cherché ! » . Koah ne bougea pas d’un cil, fixant toujours Letor qui le surveillait tout en servant les nombreux Lydéens. « Ce n’est qu’une question de temps. Bientôt, le marché sera tellement bondé qu’il ne me verra même pas m’emparer d’un pain. »

« Comptes-tu vraiment allonger ta peine de quelques jours, voir quelques semaines ? Ton jeûne se termine bientôt. Ce serait bien Koahlesque de s’attirer encore plus d’ennuis. Mets ton estomac en veille et contentes-toi de ta misérable pitance encore quelques jours. », lâcha Gurkan avant de croquer à pleines dents dans un morceau juteux de pamplemousse rose. Dans son regard, Koah vit une certaine mesquinerie mi-amusée, mi-complice lorsque le jus du fruit dégoulina en grosses lichées à travers son bouc. « Ils sont délicieux cette année. »

« Facile d’avoir ce genre de paroles sages lorsque l’on a la peau du ventre bien tendue ! »

« Ce n’est pas moi qui souhaite devenir prêtre d’Okan. Un guerrier a besoin de forces pour défendre Lydée en cas d’attaque. »

« Nous ne sommes jamais attaqués. » , railla Koah.

Gurkan se mit à rire en croisant les bras. « Si nous sommes attaqués ! Par des bœufs grâce à toi. »

Koah fronça les sourcils l’air maussade. « Tu n’as pas un travail qui t’attend dans les champs ? »

« Et toi ? A quoi t’a-t-on assigné pendant ta captivité à Lydée ? »

Le jeune Lydéen roula les yeux en soupirant. « Cela fait une semaine que je suis sensé vider des poissons, et cela fait une semaine que je ne me rends pas à mon poste. Kant va me dégommer s’il me tombe dessus. Mais j’assume complètement. Je n’ai pas l’intention de psalmodier une prière par poisson déboyauté, je n’aurais jamais le temps de dormir. Et si j’en charcute un sans l’honorer, je risque les affres d’Okan. »

« Ouuh… » Gurkan se moqua. « Monsieur joue avec le feu. Je ne sais pas qui des deux est le plus dangereux. Kant ou Okan ? Ils doivent se valoir tous les deux en colère. »

Koah décrocha son regard brun-vert de la montagne de pains pour le poser, lourdement réprimandant, sur son ami. « Ne blasphème pas MAUDIT SOLDAT ! » avertit-il l’index tendu sous son nez. Ce mouvement d'humeur fit se retourner dans la foule quelques Lydéens étonnés.

Gurkan poussa un gros rire gras. « Pardon ! C’est vrai que Kant est pire lorsqu’il s’y met… »

Outragé, Koah tapota de son doigt le torse de l’imposant guerrier en grimaçant, prêt à lui réclamer des excuses comme son rang de religieux le lui autorisait. Mais avant qu’il n’ait pu ouvrir la bouche, avec une facilité incroyable, Gurkan lui agrippa le poignet. Rapidement, Koah passa par-dessus l’épaule du guerrier dans un grand vol plané. Lourdement, il s’écrasa sur la montagne de pains, brisant sous le poids de son corps la table de bois. Affalé sur le dos, égaré un bref instant, le jeune homme reprit ses esprits aussitôt qu’il entendit Letor hurler de rage.

Comprenant la ruse peu subtile de Gurkan qui le regardait un sourire satisfait aux lèvres, brusquement, Koah attrapa un pain, le cala entre ses dents, et sans demander son reste se remit sur pied avant de foncer à travers la foule de Lydéens médusés. Une folle course poursuite s’en suivit entre Koah et quelques gardes que les cris gutturaux de Letor avaient avertis du larcin.

Se frayant un passage vers la sortie du grenier en essayant d’éviter les Lydéens qui parfois essayaient de le stopper, Koah franchit après quelques pirouettes magistrales au-dessus de plusieurs stands, qu’il renversa au passage, les grandes portes du pavillon. Sur les passerelles accouraient d’autres miliciens, lui bloquant ainsi les issues. Loin de se sentir pris au piège, le jeune homme s’avança vers le bord du ponton de bois, grimpa sur la balustrade et après un regard complice à Gurkan qui le regardait, entouré par une foule indignée, il sauta dans le vide en un saut de l’ange impérieux.

Après quelques mètres de dégringolade, il s’accrocha à une liane, puis à une autre et ainsi de suite à travers le village de Lydée, descendant ses étages comme un singe en folie. Virevoltant dans les airs de lianes en lianes, le vent lui caressait le visage agréablement. Koah fuyait avec une certaine efficacité la fureur de Letor et des soldats qui essayaient de suivre son déplacement des yeux. Après quelques minutes d’acrobaties, le pain aux noix sucrées toujours calé profondément entre ses crocs affamés, le jeune homme posa pied sur l’une des places du plus bas niveau du village. Sur celle-ci, personne à l’horizon, et les cris des soldats semblaient bien loin de l'autre côté de Lydée.

Tout en reprenant son souffle, Koah s’appuya contre l’une des grosses poutres de bois soutenant une place au-dessus. Enfin, il allait pouvoir déguster ce pain délicieux duquel il fut bien trop longtemps privé. Tant pis pour les conséquences... ça ne serait pas la première fois qu'il aggraverait son cas...

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Dernière édition par le Dim 3 Fév - 17:00, édité 3 fois
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Andrew Kant
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mer 3 Oct - 14:32

Une journée magnifique s'annonçait pour Andrew. Un temps au beau fixe, une forme grandiose et un certain engouement pour cette petite partie de chasse qu'il allait donner. Rien n'aurait été plus agréable que de passer sa journée à l'extérieur à rapporter du gibier pour la communauté. Oui, mais voilà... alors qu'il préparait son arc et son carquois, son ami Hurt fit irruption dans sa hutte, visiblement tout excité. D'abord, le chasseur lui adressa un oeil surpris puis haussa légèrement un sourcil. "Mais qu'est-ce qu'il me veut encore celui-là... si c'est pour faire une pause...", mais il fut tiré de ses pensées par les propos de l'homme qui dansait d'un pied sur l'autre, comme le font les gens qui sont génés.

« Bonjour, Andrew... je peux vous parler ? »

« Tant qu'à faire... vas-y », lâcha-t-il avec une pointe d'exaspération. Il espérait que ce soit rapide parce qu'il comptait bien partir sous peu.

« Euh... j'ai un léger problème avec mes heures de travail... En fait, j'en ai trop... »

« Trop ? Tiens donc ! Peux-tu m'expliquer dans quelle dimension tu emploies et tu comprends ce mot là ? Parce que si tu viens encore une fois me dire que tu as besoin de te reposer, que tu te sens mal, je te conseille vivement de quitter ces lieux immédiatement, ça évitera de t'envoyer à l'hospice pour rien, comme d'habitude. Et puis pour vider des poissons, tu ne vas pas me faire croire qu'il faut une pause entre chaque animal... si c'était le cas, il y a longtemps que je ne ramènerais pas grand chose de mes chasses au Village. » Il lui avait lancé ces mots d'un ton plutôt dur mais sans hausser la voix. Non, il était calme et il avait l'intention de le rester.

« Je sais que j'ai souvent dit ça mais cette fois c'est vrai. Voilà une semaine que je fais le travail de deux personnes... et c'est éreintant ! »

« Comment ça ? Tu veux dire que tu es tout seul à ton atelier ? Il n'y a pas une autre personne ? »

Et tout en disant cela il ouvrit un petit tiroir de bois dans lequel se trouvait des papiers plus ou moins vieux. Il s'agissait bien souvent de feuilles qu'il avait trouvé sur les plages, enfermées dans des malettes ou des valises. Sur ces pages il notait avec un morceau de bois brûlé la répartition des travailleurs et il chercha celui dont il était question. Ses yeux se posèrent alors sur un nom : Koah Lang, cet homme était le coéquipier de Hurt. Il se souvint alors de son passage devant le Conseil. Il avait été condamné à rester dans le village car il avait causé d'importants dégats matériels. A l'unanimité, tous les intendants en avaient convenu et Andrew également. Comme il était hors de question qu'il se roule les pouces pendant cette période, Kant l'avait ajouté à cet atelier car Toran, le collègue d'Hurt en tant normal était gravement malade. Mais, à vrai dire, il n'était jamais allé vérifier si sa nouvelle recrue travaillait. Il se rendit compte qu'il avait fait une erreur en accordant sa confiance ainsi... et il pesta :

« Mais par Cheera !!! Tu as attendu une semaine pour venir me le dire ! Maintenant ce fainéant doit rôder dans le village, sans doute avec un sourire jusqu'aux oreilles... tout ça me tape sur le système ! A qui puis-je faire confiance ici ? Entre les tire aux flancs et les casse-pieds... Retourne à l'atelier ! Je vais retrouver ce Koah et l'amener... et après ça, je te promets que si tu reviens encore une fois te plaindre... »

Hurt sortit en quatrième vitesse et Andrew ne termina pas sa phrase. Il donna un coup de poing sur la table et rangea son arc... Tant pis, il ne pourrait pas aller à la chasse. Heureusement Logan était parti à l'école locale. Si cela n'avait pas été le cas, il l'aurait sans aucun doute réveillé en sursaut. Il lâcha un juron et souffla. Voilà comment une aussi belle journée pouvait être gâchée par un crétin et un rigolo ! Il sortit de sa hutte, le regard dur et se dirigea vers une place, celle du marché. En très peu de temps, il remarqua la vive agitation qui secouait les lieux.

« Salut Andy ! Comment va la forme ? », c'était son ami Guerel qui lui parlait. L'homme d'une soixantaine d'années vendait des poteries sur la place et il adressa un large sourire auquel Andrew ne répondit pas.

« Vraiment moyen... tu n'aurais pas vu le jeune Koah par hasard ? ». Son ton était légèrement agacé et son ami sut immédiatement qu'il valait mieux ne pas le lui faire remarquer.

« Non pas depuis la charge sur la tour, jette un œil par là-bas... »

Mais soudain un fracas se fit entendre et cela venait du stand de Letor. Ce dernier criait au vol et Andy s'approcha pour demander au garde le plus proche ce qui se passait. Ce dernier lui expliqua entre autre que le voleur n'était autre que Koah Lang et qu'il semait le trouble sur son chemin. Andrew se lança donc à sa suite mais le jeune homme était loin. Alors, il usa de son esprit plus que de ses jambes. Il attrapa une liane et monta tout en haut pour avoir une vue panoramique des étages inférieurs. Et au bout d'un moment il repéra la silhouette de Koah se réfugier dans une place vide des étages les plus bas. Il entreprit alors de le rejoindre doucement. Après quelques minutes, il y parvint. Il descendit de la liane doucement et s'approcha du voleur qui lui tournait le dos. Il lança alors sur un ton sec et énervé :

« J'aimerais tout de même savoir si tu rends compte de tes actes... Tu exploses une tour stratégique en t'amusant avec un boeuf... tu manques tuer les gens qui travaillaient à la construire. Ensuite tu passes devant le Conseil qui tente de te faire comprendre la gravité de tes actes, je t'engage à l'atelier pour vider les poissons parce que nous avons beosoin d'aide et tu ne viens même pas te présenter... Jusqu'à présent je me suis dit, c'est un fainéant... mais maintenant, je m'aperçois en plus que tu es un voleur... Tu cultives les mauvaises actions mon gars et j'espère pour toi que tu ne vas pas recommencer une fois que tu ressortiras du Conseil... maintenant, en attendant que tu redeviennes un homme raisonnable et que tu laisses ce comportement puéril à ceux qui en ont l'âge, tu vas t'expliquer sur ton absence... et je te conseille vivement de ne pas me sortir des excuses stupides... »

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Dernière édition par Andrew Kant le Sam 7 Déc - 2:29, édité 2 fois
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Koah Lang
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mer 3 Oct - 17:06

L’une après l’autre, les bouchées de pain aux noix sucrées que Koah Lang mâchait en vitesse comme si ça vie en dépendait, libérèrent leurs multiples arômes suaves qui lui confirmèrent que le lot de problèmes qui se profilait à l’horizon, valait vraiment le coup. Okan ne manquerait pas de le punir pour cette faute, et le Conseil de Lydée également, mais, ce ne serait que de mauvais moments à passer. Koah savait qu’il serait fort chanceux s’il évitait cette fois-ci un petit tour en cellule.

Amusé à l’idée qu’il puisse être enfermé… ce que les prêtres d’Okan n’allaient sans doute pas apprécier à leur tour, Koah n’entendit pas Andrew Kant poser le pied sur la place derrière lui. Lorsque l’homme commença à parler avec fermeté, le jeune homme fit un bond sur place, s’étranglant avec un bout de pain qui passa de travers. Toussant comme un imbécile, les yeux exorbités, le jeune homme se retourna pour faire face à l’Intendant au regard étonnamment bleu. Entre deux quintes de toux, Koah n’eut le temps de lâcher qu'un « Maître Intendant ! » provoqué par la surprise, tandis qu'Andrew déballait déjà un tas de reproches.

« ... passes devant le Conseil qui tente de te faire comprendre la gravité de tes actes, je t'engage à l'atelier pour vider les poissons parce que nous avons besoin d'aide et tu ne viens même pas te présenter... Jusqu'à présent je me suis dit, c'est un fainéant... mais maintenant, je m'aperçois en plus que tu es un voleur... Tu cultives les mauvaises actions mon gars et j'espère pour toi que tu ne vas pas recommencer une fois que tu ressortiras du Conseil... maintenant, en attendant que tu redeviennes un homme raisonnable et que tu laisses ce comportement puéril à ceux qui en ont l'âge, tu vas t'expliquer sur ton absence... et je te conseille vivement de ne pas me sortir des excuses stupides... »

Koah écouta Andrew le fusiller en règle, rien que par la parole. Mains derrière le dos, il tentait de dissimuler le reste de pain tout en s’efforçant de prendre un air faussement coupable en baissant la tête. N’avaient-ils pas tous compris depuis tout ce temps ? Tout ce qu’on pouvait lui dire passait par une oreille et ressortait par l’autre. Ce n’était pas qu’il s’efforçait continuellement de contrarier les dirigeants de Lydée, mais son âme brûlait doucement d’une douce envie de liberté indomptable qui s’indignait à chaque fois qu’elle était réprimée soit par les prêtres d’Okan, son père ou le Conseil de Lydée.

Tiraillé entre l’envie d’en découdre et le respect qu’il éprouvait pour Andrew et son rang de maître intendant, Koah mit un instant avant de parler. Il comprenait que l’Intendant n’ait pas le choix. Et qu’il avait bien fallu lui donner un poste où il n’aurait pas été tenté de rompre le jeûne imposé par le Culte d’Okan pour sa punition. Mais le vidage des poissons, ce n’était pas possible. C’était bien trop contraignant. Il n’aurait jamais eu assez d’une journée pour sanctifier chaque poiscaille.

« Et vous ? Vous avez une idée du poste où vous m’avez assigné ? » claqua Koah dans un élan d’entêtement que sa raison n’avait pas commandé. « Je suis disciple d’Okan et en tant que tel, tout animal tué passant entre mes mains doit être honoré par une longue et pénible prière. Vous savez combien il y a de poissons à vider ? Des centaines chaque jour ! »

Koah baissa d’un ton, redevenant un minimum raisonnable. « Ok, j’ai merdé avec ce bœuf mais je pense que la punition est déjà bien assez lourde comme ça sans que vous n’ayez besoin d’en rajouter un sacrée couche, Maître Intendant. » Une mine sombre. « Je m’ennuie ferme à rester enfermé dans ce village, et le jeûne imposé par les prêtres me tue à petit feu. Alors si en plus vous vous permettez de me priver de mes nuits de sommeil, Maître Intendant, là je dis non ! Car il me faudrait bien toutes mes nuits pour m’acquitter de mon devoir de Disciple d’Okan. »

Le jeune homme écarta les bras au ciel. « Ce bœuf n’a fait s’écrouler qu’une maudite tour de guet, pas la Grand Place du village le jour de la Célébration à Pëlos à ce que je sache ! » Se rendant compte qu’il divulguait son menu larcin, et ne sachant pas si Andrew allait s’en indigner – cet homme était tellement imprévisible et impulsif par moments – Koah décida qu’il valait mieux rejoindre rapidement les mains derrière le dos, et baisser à nouveau la tête en signe de respect et de pseudo soumission. « Il faudrait voir à avoir le sens des proportions… Maître Intendant… »

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Andrew Kant
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mer 3 Oct - 19:44

Andrew écouta avec attention chacun des propos de ce jeune homme qui visiblement semblait oublier qu'une communauté était soumise à des règles... dont celle d'assurer sa survie. Il ne put s'empêcher de penser que Koah était particulier, tant par sa manière de réfléchir que par celle de parler. Certes son culte l'empêchait de travailler mais pour l'Intendant qui avait haussé un sourcil de réprobation, le problème n'était pas là. il avait face à lui un ado pur et simple... malgré sa taille d'adulte, le jeune homme était totalement inconscient de ses actes. Et puis, il y eut cette phrase qui fit le même effet qu'une déclaration de guerre ouvertement dite... « Il faudrait voir à avoir le sens des proportions… Maître Intendant… » . Mais pour qui se prenait-il, pour lui parler ainsi ? Le regard d'Andy s'assombrit... Il aurait dû chasser à cette heure-ci et au lieu de ça, un gamin lui disait qu'il exagérait les choses... Il reprit la parole sur une voix puissante, un peu plus forte que d'habitude, avec sa petite intonation de colère :

« Le sens des proportions... mais pour qui te prends-tu ? Tu penses que parce que tu vénères Okan, il peut t'empêcher d'obéir aux règles qui régissent ce village ? Simplement parce tu te nommes Koah Lang ? Si je dois veiller à avoir le sens des proportions, toi tu ferais bien mieux d'acquérir celui des responsabilités ! Permets-moi de te faire remarquer que cette tour de guet était importante pour Lydée et que des gens travaillaient dessus... Il aurait pu y avoir beaucoup plus de dégâts, estime-toi heureux d'ailleurs que cela n'ait pas été le cas. Faut-il vraiment que tu aggraves ton cas encore plus ? Pour l'instant, j'ai l'impression d'avoir affaire à un gamin immature ! »

Rares étaient les gens qui avaient à subir la colère d'Andrew, car tous la fuyaient par expérience ou par rumeur... Il était impressionnant de l'avoir en face dans un tel état d'indignation. D'ailleurs sur son visage, il était quasi impossible de ne pas y voir ce regard insistant, pesant même. Il considéra le jeune encore une fois et allait reprendre la parole lorsque il remarqua la présence de quelques personnes, curieuses, attirées par cette élévation de voix. S'il y avait encore une chose qui pouvait l'agacer au point de le mettre hors de lui, c'était cette curiosité malsaine. Il ordonna alors d'un ton ferme qui fit partir à contrecœur mais très rapidement les gens alentours :

« Il n'y a rien d’intéressant à voir, partez ! ». Il s'installa un silence pesant. Les gens le connaissaient pour son caractère de chien. A vrai dire, malgré sa sociabilité Andrew avait toujours "gueulé" plus fort que les autres. C'était parfois un handicap, d'autres fois un atout. Il décida de se calmer un peu, parce cette journée était vraiment trop belle pour qu'il s'énerve et qu'elle soit gâchée par son humeur. « Cela t'aurait couté plus cher de venir me le dire ou de te rendre à ton travail pour le signaler à quelqu'un ? Tu aurais informé tout le monde de ton problème et j'aurais assigné cette tâche à une autre personne... Et rien ne t'empêche de dire une grande prière globale pour tous les poissons que tu as vidé. Chacun a sa manière de vénérer les Dieux, moi quand j'ai fini de chasser, je remercie Okan pour le fruit de de cette chasse. Jusqu'à présent, je n'ai pas subi de punition divine pour cette attitude.»

Il marqua une pause, histoire que Koah puisse intégrer ses paroles si tant est qu'il en ait envie. Il le connaissait mal, à vrai dire ils se côtoyaient rarement. Tous deux avaient entendu ce qui se disait sur l'autre mais sans jamais vraiment approfondir. C'était drôle mais Andrew se revoyait plus jeune, lui aussi, il avait eu sa phase d'irresponsabilité et d'entêtement. Le temps avait défilé et il s'était assagi, enfin façon de parler. Kant était autoritaire mais attachant au fond, donc forcément sympathique. Il n'aimait pas descendre les gens par pure méchanceté et parfois il regrettait ses propos. Cependant, ce qu'il avait dit à Koah, il aurait pu le lui répéter encore une fois sans regret car il le pensait sincèrement. Il tendit la main et lui demanda avec un ton où peu de personnes oseraient discuter :

« Pour un disciple, tu es très mauvais élève... donne-moi ce que tu as volé... enfin ce qu'il doit en rester. Si les prêtres t'ont soumis à un jeûne c'est peut-être pour voir si tu as la rigueur de servir Okan. Sache que la faim est monnaie courante chez les prêtres. »

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Dernière édition par Andrew Kant le Sam 7 Déc - 2:42, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mer 3 Oct - 20:58

Totalement immobile, Koah Lang déglutit difficilement plusieurs fois en écoutant Andrew Kant lui beugler au visage bon nombre de propos que le jeune homme considérait comme totalement infondés et gratuits. Par deux fois, il s’était même surpris à reculer de quelques pas afin de garder une distance raisonnable entre le grand homme et lui.

Lorsque l’Intendant osa lui prodiguer des conseils concernant le culte d’Okan, Koah ne put réprimer un haussement d’épaules, d’une manière méprisante. L’idée de couper court à ce sermon absurde lui traversa même l’esprit. Koah s’était dit qu’il pourrait très bien le planter là et sauter dans le vide afin de s’enfuir de lianes en lianes, mais Kant n’était certainement pas du genre à lâcher si facilement l’affaire.

Pour qui se prenait Koah ? Et lui ? Pour qui se prenait-il ? Comment osait-il simplifier ainsi les rituels ancestraux du Culte d’Okan ? Un religieux, contrairement à un fidèle comme lui, avait des devoirs envers le Dieu qu’il honorait, et il suivait une idéologie et des principes remontant à la Nuit des Temps. Les prêtres d’Okan et ceux en devenir devaient sanctifier chaque âme d’animal mort passant entre leurs mains. Ils ne pouvaient pas non plus manger d’être vivant tué spécialement pour eux. S’il s’avérait qu’un religieux du Culte d’Okan mangeait de la viande, celle-ci devait impérativement appartenir à un fidèle qui se priverait donc de celle-ci.

Cela pouvait paraitre stupide aux yeux du commun des mortels, mais les religieux du Culte d’Okan ne devaient pas peser dans la balance de la Nature. Seuls les fruits et les légumes pouvaient être mangés par eux sans qu’un autre être humain n’ait à se priver. Tous les Cultes avaient des traditions et des principes de vie à suivre, allez donc expliquer des années de croyances et de rituels à un Maître Intendant en colère… ou plutôt, à un Andrew Kant en colère.

Même si Koah était têtu, il savait reconnaître lorsqu’il avait perdu. Et c’était bien un échec cuisant qu’il venait d’essuyer là. Andrew lui inspirait peut-être une certaine crainte plus que du respect à cet instant, mais Koah, avec son tempérament excessif dans ces moments là, ne pouvait plus longtemps rester silencieux. Lorsque Kant se tut, comme une bombe il explosa d’un ton ferme et soutenu.

« Chacun a sa manière de vénérer les Dieux ? » Répéta Koah avec indignation. « Je ne suis pas le tout un chacun aux yeux d’Okan. Je suis l’un de ses apprentis prêtres… certes, peut-être pas le plus sage, ni le plus réfléchi. Mais même si je n’ai pas assez le sens des responsabilités à vos yeux, Maître Intendant, j’ai au moins pour moi le respect de certaines pratiques religieuses qu’on m’inculque depuis ma naissance. Celles-ci peuvent vous paraître stupides ou obsolètes, mais c’est ainsi. Il n’y a pas de prière globale dans ce genre de cas. Un sacrifice égale une prière. Voilà ce que réclame Okan le Chasseur, Maître de cette jungle où vous chassez. Et c’est vrai, j’aurais très bien pu venir vous voir, mais quelque chose en moi me dit que vous n’auriez pas été très réceptif à ma requête. »

« Pour un disciple, tu es très mauvais élève... donne-moi ce que tu as volé... enfin ce qu'il doit en rester. Si les prêtres t'ont soumis à un jeûne c'est peut-être pour voir si tu as la rigueur de servir Okan. Sache que la faim est monnaie courante chez les prêtres. »


Résigné et avec un long soupir, Koah lui donna le reste de la moitié du pain aux noix sucrées, décidant qu'il n'allait pas relever l'insulte. Après tout, c'était ainsi depuis qu'il était né, il était destiné à devenir prêtre d'Okan un jour ou l'autre, quoi que puisse en penser le stupide Maître Intendant qu'il avait devant les yeux. « Si les prêtres m’ont soumis à ce jeûne, c’est pour me punir du tort causé à la communauté. La faim et la soif sont censées me faire réfléchir à mes actes, Maître Intendant. Apparemment c’est loupé. »

Droit devant Kant, Koah soutenait son regard bleu profond avec insistance. « Et maintenant ? » Demanda-t-il, les mains sur les hanches. « Vous allez m’obliger à dépecer des milliers et des milliers de poissons pour me punir à votre tour ? Ou nous nous rendons devant le Conseil de Lydée qui décidera cette fois-ci de me mettre en prison pour ce menu larcin ? » Décidément, même devant l'Imposant Kant, Koah avait bien du mal à raisonner son excessif caractère grincheux.

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Andrew Kant
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Jeu 4 Oct - 12:09

Andrew était agacé par ce comportement têtu. Il aurait cru se reconnaître lui à quinze ans ! Une vraie tête de pioche, aussi dure que le métal qui constituait cet outil d'excavation. Et pourtant parfois il fallait mettre de l'eau dans son vin. Son visage restait toujours ferme et son regard sévère ne quittait pas des yeux cette soutenance qui tenait plus de la fierté qu'autre chose. On aurait dit deux ennemis face à face, à la différence près qu'ils étaient du même camp. Andy récupéra le morceau de pain. Intérieurement il se disait que si le jeune homme n'avait pas eu faim, il n'aurait pas fait de larcin... en fait ça lui crevait un peu le cœur de lui enlever ce morceau de nourriture, alors qu'il était affamé. Mais un vol restait un vol et était illégal, surtout à Lydée... le village avait beau être grand, chacun pouvait y vivre très confortablement, en travaillant un peu. Ici, le travail était plus d'utilité publique que d'enrichissement personnel.

« Tu n'as pas l'air de comprendre que les prêtres cherchaient peut-être à te faire comprendre la gravité de tes actes. Pour servir les Dieux il faut être sage, compréhensif et patient. Quant à savoir si j'aurais accédé à ta requête, il est bien facile de prétendre le contraire, surtout venant de toi. Mais la prochaine fois, si tu veux vraiment voir ce que ça donne, viens donc... Ne spécule pas sur des choses qui auraient pu avoir lieu, cela ne sert à rien. En plus tu me connais mal, j'aide toujours ceux qui le demandent. »

Cela ne voulait pas dire pour autant qu'il allait tendre sa main au jeune homme. Il réfléchissait déjà à une autre assignation. Des cas comme lui, il en avait rencontré, des gens refusaient souvent par leur croyance intime d'accomplir certaines tâches. Vider les poissons était un travail ardu certes, mais nécessaire. Et puis il lui vînt une idée. Son expérience personnelle avait fait qu'il avait vécu cette situation aussi avec sa mère, lorsque cette dernière était encore vivante. Il se souvint des mots qu'elle avait employé lorsqu'il avait annoncé que le métier de moissonneur ne lui plaisait absolument pas. Il reprit la parole sur un ton posé, calme malgré ses yeux toujours réprobateurs :

« Opte plutôt pour la seconde solution... Je doute sincèrement que le Conseil refasse la même erreur en te laissant dehors une seconde fois... Ceci dit, il existe peut-être une solution pour arranger tout cela sans déranger les autres Maîtres Intendants. Je vais jouer aux devinettes avec toi. Je connais quelques réponses mais qui sait, tu pourras peut-être en trouver bien d'autres. Tu as été puni par le Conseil à rester enfermé ici, à Lydée. Les prêtres d'Okan, outrés par ton comportement juvénile, t'ont imposé un jeûne. Mais, toi, tu n'as pas longtemps supporté cette situation, tu n'aimes pas être enfermé. Tu te contentes donc de te balader dans le village, sans venir travailler à un poste où l'on a besoin de toi. Et ce matin, alors que tu avais faim, tu as volé un pain à Letor... Alors ma question sera toute simple : que penses-tu pouvoir faire pour réparer tout ça ? Je te laisse un peu de temps pour réfléchir. »

Andrew croisa les bras et laissa un petit moment passer. Il espérait que le jeune homme se montre moins réticent et plus collaborateur. Il cherchait déjà à lui faire comprendre ses erreurs et à les réparer parce tout est arrangeable. Les gens avaient tous disparus et le silence était de mise. Par moment on entendait des personnes parler, quelques étages plus haut. Kant ne souhaitait amener Koah qu'en dernier recours devant le Conseil. Il pourrait toujours s'arranger avec le jeune garçon pour satisfaire la clémence des autres Intendants. Il n'avait jamais été pour la prison car il estimait que la méthode était inutile. On ne réglait pas le problème, on le confinait juste derrière des barreaux... dans l'obscurité. Si Koah voyait et acceptait cette main tendue qu'Andy lui adressait, il éviterait cette triste solution. En tout cas, Kant espérait ne pas y avoir recours.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Jeu 4 Oct - 15:13

« Par Okan ! Qu’on me fouette et qu’on n’en parle plus ! » S’écria Koah d’un ton agacé. « Ai-je vraiment mérité tout cela ? Je sais que je ne suis pas parfait, que je n’entre pas dans le moule de ce que vous attendez tous ici de moi, mais je n’y peux rien, je ne suis pas comme vous ! Je ne suis pas sectaire et totalitaire. Je ne peux plus me contenter de ça. » Il indiqua d’un grand geste maussade tout Lydée. « Cette vie ne me convient plus. »

Le jeune homme en avait vraiment plein la tête de toute cette histoire,  et gros sur le cœur. Combien de temps celle-ci allait-elle durer et gâcher sa vie ? Certes, il n’avait jamais été le Lydéen parfait sur qui on pouvait compter et dont le charisme en imposait. Non, ce genre de vertus tellement prisées à Lydée était l’apanage des gens comme Andrew Kant. Koah n’était qu’un vilain petit canard dissimulé dans la masse qui ne rêvait que d’aventures merveilleuses hors de sa prison dorée. C’était peut-être fort égoïste de sa part, de penser à ses propres intérêts avant ceux du groupe, mais eux, pensaient-ils une seule seconde au mal-être qui le rongeait ? A cet ennui qui ternissait sa vie ?

Lentement et en silence, Koah s’éloigna alors qu’Andrew le fixait toujours, lui aussi sans un mot. Le jeune Lydéen s’appuya contre la rambarde du ponton, et, avec lassitude, il regarda au-dessus de sa tête les nombreuses places et passerelles de Lydée. Oui, il aimait Lydée, il aimait ce village et ses habitants qui l’exaspéraient par moments, et jamais il ne lui voudrait aucun mal. Mais malgré cet amour qu’il lui portait, Lydée l’étouffait également de plus en plus à chaque jour qui passait. Koah la fuirait un jour, c’était certain. Il partirait loin, très loin pour ne jamais revenir. C’était une certitude, une conviction profonde. Tout commençait petit à petit à le dégouter dans ce village et à le pousser vers la sortie. La semaine passée enfermé à Lydée lui faisait de plus en plus prendre conscience que la monotonie de cette vie n'était pas faite pour lui, et qu'il avait de plus en plus de mal à dissimuler le tourment de la petite peine de son âme.

L’heure était aux excuses, certainement. Tournant la tête vers Andrew, Koah mit – malgré toutes ses bonnes intentions – encore un instant avant de parler et de trouver les bons mots. Le grand homme lui semblait tellement hermétique, tellement froid et tellement peu ouvert d’esprit qu’il sentait que tout ce qu’il pourrait dire ou faire pour expliquer ses nombreux actes depuis des années, ne servirait pas à grand-chose. Ce fut pourquoi, après un instant à le considérer, Koah décida de ravaler ce besoin qui le poussait à confier sa mélancolie à quelqu'un.

« Je vous présente mes plus plates excuses Maître Intendant. » Dit-il d’un ton sincère et résigné. « Collez-moi où vous voulez, je ferais exactement ce que vous tous ici vous attendez de moi. Je serais le bon Lydéen par excellence. Celui qui fait son travail sans penser aux nombreux lendemains sans saveur qui l’attendent. Vous n’aurez plus rien à me reprocher, Maître Intendant. C’est une promesse. Le vidage des poissons me convient. »

Koah sortit d’un morceau d’étoffe de son pagne replié et coincé entre sa hanche, quelques jetons qu’il tendit au grand homme. « Voici les derniers jetons que je possède pour payer le pain de Letor. » Il releva la tête et se redressa. « Je m’acquitterais également de la réparation du stand sur lequel je suis tombé tout à l’heure. » Un regard fuyant. « Puis-je maintenant rejoindre de ce pas Hurt, Maître Intendant ? »

A Kobol ses convictions ! S’il fallait qu’il vide des poissons et qu’il passe ses nuits à prier pour avoir la paix, il le ferait et plutôt deux fois qu’une en fait. Tout ce que voulait Koah, c’était qu’on lui lâche la grappe un long, très long, et même interminable moment.

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Andrew Kant
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Jeu 4 Oct - 18:34

Andrew considéra d'un nouvel oeil le jeune homme qu'il avait face à lui et qui en quelques secondes avait repris une attitude responsable, adulte. Il crut discerner un peu de mélancolie, comme de l'ennui ou du regret dans ce regard. Et les mots qu'il avait dit ne faisaient que conforter l'Intendant dans son idée : la prison était la chose à éviter à tout prix. Alors, il écouta Koah s'excuser. Il avait des doutes quant à sa bonne volonté pour être un parfait Lydéen, se jouait-il de lui comme il l'avait fait plusieurs fois auparavant ? Il n'aurait su le dire, car le jeune Lang paraissait sincère. En posant ses yeux sur le misérable morceau d'étoffe contenant les jetons, Andy fit un geste qu'il ne regretta jamais, il lui lança le pain pour que ce dernier le finisse et reprit :

« Je te laisse le bon soin de ne pas le laisser périr, ce serait faire offense au travail de Letor. C'est une bonne idée que tu as de le payer, après tout, tu lui as ouvertement volé le fruit de son travail. Mais, tu as une autre manière de te racheter. Pourquoi ne pas l'aider à vendre ou à préparer ces pains ? Crois-moi, ce n'est pas tant la valeur d'un objet qui importe, c'est celle du travail humain qui a été fait. Et je n'avais même pas songé au stand, comme quoi, je t'ai sous-estimé. C'est une excellente initiative que de vouloir aider à le réparer et je ne peux que t'y encourager. »

Il se montrait indulgent, trop peut-être ? Non, il avait sa petite idée derrière la tête. Et puis c'était une question de principe. Il n'avait pas faim et que pouvait-il faire de ce morceau de pain ? Il n'aurait pas eu la conscience tranquille en sachant qu'un jeune lydéen affamé se trouvait si près de lui et qu'en plus de lui prendre son repas improvisé, il le laissait mariner avec son estomac vide... Son geste allait à l'encontre de la punition des prêtres mais intérieurement Andy se disait que les Dieux ne lui feraient pas subir leurs foudres pour si peu. Quant à sa dernière question, Kant avait une piste mais avant il voulait être certain que Koah accepte. Sa voix s'était posée et il parlait calmement même son regard avait changé, il était devenu sérieux mais n'induisait aucune reproche.

« Tu ne rejoindras pas Hurt. Même si cela n'est pas dans mes habitudes, surtout après ce que tu as fait, je vais tâcher de te trouver un autre atelier où tu puisses être utile tout en respectant ton culte. Mais avant cela, j'exige que tu répares les dégâts que tu as causé. Pendant que tu le feras, j'irais voir à quel poste je peux te placer. Cela ne dépendra que de toi. Si tu étais venu dès ton premier jour, cela m'aurait évité de prendre du retard dans mes rendements. Par conséquent, ne t'attends pas à des vacances, il faudra que tu compenses ton retard. J'ai une petite idée de la tâche qui te conviendrait le mieux... Mais avant, je dois arranger certaines choses. Qu'en penses-tu ? Puis-je compter sur toi ? Je te mets en garde de suite, il vaut mieux que ta réponse soit sincère car s'il s'avérait que ça soit le cas contraire... »

Par là le Maître Intendant entendait qu'il voulait de la bonne volonté et surtout du travail bien fait. Le jeune homme avait une semaine de retard et du coup le planning de Kant en était légèrement chamboulé. Il devait rééquilibrer tout ça. Il espérait sincèrement que cet air mature tout récent prenne le dessus sur son côté juvénile. En tout cas, si Koah pensait se moquer d'Andy en faisant semblant d'être responsable et en recommençant ses bêtises, il risquait des lourdes conséquences et parmi elles, la pire serait la colère du chasseur. Là, ce qu'il avait vécu ce n'était que de l'irritation. L'intendant se contrôlait assez bien pour ne pas tomber dans des colères noires à tout bout de champ.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Jeu 4 Oct - 19:23

Koah hocha aussitôt la tête une fois qu’Andrew eut fini de le mettre en garde. Bien, il semblait s’en tirer à bon compte apparemment. Qui aurait cru que le Grand Andrew Kant se serait montré aussi indulgent ? D’habitude cet homme était intraitable sur certains principes. De plus en plus, à mesure que les minutes s’écoulaient, la perception de Koah à son égard semblait s’éclaircir, et dévoiler une autre personne ; une personne capable de sentiments.

Lorsque le Maître Intendant lui rendit son pain, Koah ouvrit de grands yeux ébahis par ce geste. C’était étonnant, et comme pour le remercier, le jeune homme lui accorda un signe de tête de gratitude avant d’en mordre une grosse bouchée libératrice. Bien, alors, comme ordonné, Koah irait rejoindre l’échoppe de Letor et tenterait de remettre en état son étalage sous ses hurlements pestilentiels de colère... enfin, s’il ne l’avait pas étranglé avant.

Même si Koah sentait que Kant était un peu moins sur les nerfs qu'en arrivant, il n’osa tout de même pas relever la moindre phrase du Maître Intendant. Le jeune homme aurait bien aimé savoir ce qu’Andrew avait derrière la tête au sujet du poste qu’il occuperait, mais la crainte que sa question réveille un nouveau élan d’exaspération chez Kant l’empêcha d’extérioriser celle-ci. Après tout, il verrait tôt ou tard de quoi il s’agissait, et d’ici là, il valait mieux pour lui de faire profil bas.

« Je ferais aussi bien que possible tout ce que vous me demanderez, Maître Intendant. Tout ce que je souhaite maintenant, c’est de purger ma peine afin de pouvoir reprendre le cours normal de mon existence dans la jungle de Lydée à la cueillette des hauts fruits. Je ne vous causerais plus de souci. » Dit-il simplement conscient que c'était ce qu'Andrew Kant voulait entendre.

Koah savait que Kant ne plaisantait pas, et surtout, qu’il n’était pas du genre à donner une deuxième chance. Celle-ci était à saisir et à ne surtout pas lâcher. Même si Koah n’éprouvait aucun remords pour ce qu’il avait fait, et qu’il trouvait même cela fort drôle, il était sincère lorsqu’il disait qu’il ne causerait plus de problème au Maître Intendant. Le jeune Lydéen avait beau souvent mentir et penser le contraire de ce que pouvait dire sa bouche, aujourd’hui, il n’avait pas l’intention d’affronter la colère de cette montagne de muscles au regard de glace avant très très longtemps. Les prémices de celle-ci, qu’il avait entraperçue, lui suffisaient amplement pour se raisonner et se promettre de tout faire pour éviter cet homme à l’avenir.

Silencieux, Koah attendit d’être congédié pour partir vers le grenier.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Ven 5 Oct - 14:35

« Et bien soit. Tu peux donc vaquer à tes tâches. Quant à savoir si tu pourras approcher Letor, dis juste que c'est moi qui t'envoie réparer tes fautes. Il devrait te laisser vivant... du moins, je l'espère. Je vais voir à quel poste je peux t'assigner. Je saurais où te trouver pour te le dire. Bon courage, et si Letor sort son couteau, cours... du plus vite que tu peux... »

Par expérience, Andy savait que le boulanger avait un caractère très spécial. Il pouvait être très aimable avec sa clientèle, et même parfois adresser un sourire... et en l'espace d'un millième de seconde, il pouvait vous envoyer un objet à la figure avec un visage rubicond. C'était ainsi d'ailleurs qu'il avait blessé Hurt quelques années plus tôt. Ce dernier avait osé dire pour rire que ses pains étaient quelque peu brûlés sur le dessus. Fort de son humeur de chien-dent, Letor avait pris le premier objet qu'il avait sous la main, une casserole, et l'avait expédiée aussitôt sur l'odieux jeune homme. Et il n'y était pas allé de main morte... Hurt avait hérité de points de suture et d'un petit séjour à l'hospice. Bref, il valait mieux ne pas l'agacer et encore moins revenir à lui après une altercation. Andrew se doutait bien qu'il allait sauter sur Koah, c'est pourquoi il valait mieux que le jeune homme précise qui lui avait demandé de revenir réparer ses dégâts. Letor avait beau être un drôle de type il respectait Kant et donc, se retiendrait.

Sur ce coup là, Andrew avait été sadique. Il aurait très bien pu se déplacer pour le lui dire, c'était sur la route mais comme une médaille, l'indulgence ne se départit pas d'un revers. Et Koah devait trouver comment se débrouiller. En plus, ce n'était pas son problème. Il remonta à la liane qu'il avait laissé. C'était beaucoup moins agréable que de descendre et beaucoup plus fatigant... mais c'était un moyen plus rapide. Sans doute Koah serait-il davantage véloce, il était aussi plus jeune et ne se baladait pas avec un bassin légèrement amoché. Il fallut un bon quart d'heure à l'Intendant pour retourner chez lui. Lorsqu'il entra dans sa hutte il y trouva Logan avec un œil coquard. Sa première réaction fut de regarder de plus près. Et puis il demanda :

« Mais qu'est-ce qui c'est passé ? Tu ne devrais pas être à l'école ? »

Son fils baissa la tête et Andy n'osa rien dire d'autre. Il passa son doigt sur l'arcade du jeune garçon. Et alors qu'il allait lui demander le nom du coupable une voix d'homme, gutturale le fit sursauter. C'était celle de Roth, un des adultes ayant la responsabilité de garder les enfants pendant leurs cours. Il assistait en quelque sorte l'éducatrice.

« Andy, je suis content de te voir. Il s'avère que ton fils n'est pas tout à fait innocent dans cette histoire... »

« Que veux-tu dire ? »

« Et bien, il a dit à un de ses camarades que sa mère était stupide... et tu connais les gosses. L'autre a mal réagi... »

« Mais il a dit ça pour rire, n'est-ce pas Logan ? ». Ce dernier se contenta de fuir le regard bleu de son géniteur et Roth prit Andrew à part pour lui dire à voix basse :

« Non, Andy... Cesse un peu de voir ton fils comme un saint, parce qu'il y avait tout sauf de la plaisanterie dans ses propos... »

« Mais enfin, c'est un gosse, il ne pense pas à mal... »

« Ton amour t'aveugle, Andy... l'éducatrice a dit qu'elle ne souhaitait plus le voir avant trois jours... Il a aussi dit à ce jeune garçon que sa mère avait eu... enfin bref, qu'elle n'avait pas toute sa tête... »

Kant n'en croyait pas ses oreilles. Il regarda Logan, perdu et Roth lui fit une accolade avant de s'éclipser. Comment son fils avait-il pu dire ça ? Ce n'était pas possible. Il s'approcha de lui, c'était drôle mais il était incapable d'élever la voix alors qu'il aurait dû le faire ! Son côté autoritaire disparaissait vite lorsqu'il s'agissait de son enfant. Si Koah avait été là, il aurait sans doute été fort surpris par cette attitude. Il se souvint d'ailleurs pourquoi il était venu.

« Tu files dans ta chambre... Nous reparlerons de ça plus tard, en attendant, tu ne sors pas et tu m'attends. »

Logan s’exécuta malgré le fait que le ton de son père n'y était pas vraiment. Andy chercha les papiers nécessaires et il trouva la liste des assignations. Hurt se retrouvait tout seul, il fallait lui envoyer deux personnes pour rattraper le retard et éviter d'en accumuler. Il chercha un moment un poste où Koah pourrait se rendre. C'était un véritable casse-tête car il fallait qu'il reste à l'intérieur... Mais malgré tout l'Intendant finit par trouver. Il décida donc de retrouver le jeune homme pour lui dire où il allait travailler. Il sortit de sa hutte et se dirigea vers le stand de Letor. Ne voyant pas Koah, Andrew demanda au boulanger :

« Salut Letor, je cherche le jeune... »

« Voleur ! Il est quelque part par là... Kant ton bon côté te perdra... tu aurais dû lui couper la main, ça lui aurait fait une belle jambe ! Ce petit pourceau mériterait bien un séjour à l'ombre pour ses actes... »

« C'est là que nous divergeons, Letor... »

Andrew n'attendit pas de réponse, pour lui la conversation était terminée, en effet il venait d'apercevoir Koah visiblement affairé à réparer le stand qu'il avait détruit. Andy ne cacha pas un petit sourire satisfait et il dit :

« Je t'ai trouvé un poste mais tu devras bosser dur. Comment ça avance ? »

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Ven 5 Oct - 22:27

Aussitôt libéré d’Andrew Kant, Koah quitta lentement la place la tête basse tout en finissant son pain. L’idée de devoir affronter Letor était assez démoralisante. Ce gros bœuf chauve allait l’étriper malgré toutes les excuses qu’il pourrait lui faire. Après, ça se comprenait. Letor devait en avoir par-dessus la tête d’entendre toujours la même rengaine depuis plus de vingt ans. Depuis son plus jeune âge, Koah avait toujours été une teigne avec cet homme qu’il ne supportait pas par son mauvais caractère et ses manières de rustre. Et depuis cette époque, et aujourd’hui encore, le boulanger était la cible exclusive pour les farces et autres misères crapuleuses du jeune homme et de son ami Gurkan.

Il fallut à Koah quelques minutes pour rejoindre l’entrée du grenier où quelques personnes lui lancèrent des regards lourds de réprimande. Apparemment la nouvelle avait déjà fait le tour de Lydée encore une fois. Après avoir convaincu des gardes de ne pas l’emmener au Grand Pavillon, le jeune homme pénétra dans celui-ci et marcha vers l’établi détruit de Letor. Ouf, pas de gros boulanger bedonnant à l’horizon. D’un côté ce n’était pas plus mal. Il n’avait pas envie de l’entendre lui beugler des insanités.

Doucement, Koah s’approcha de l’établi. Celui-ci gisait détruit sans personne autour. Les pains avaient tous été enlevés, et Koah pouvait voir qu’ils avaient été déposés dans des caisses plus loin sur la gauche. A peine fut-il passé derrière celui-ci dans l’espoir d’examiner de plus près les dégâts, qu’une grosse et imposante main claqua sur son épaule, le forçant à se retourner. Devant lui, Letor le gros boulanger chauve le fixait de ses grands yeux globuleux débordant de haine. Koah tenta de s’excuser aussitôt, mais le crochet du droit que lui décocha le quinquagénaire, le fit tomber à la renverse.

Surpris, Koah n’avait pas eu le temps d’éviter le coup qui manqua de lui briser la mâchoire. Un amer goût de sang se propagea dans sa bouche, alors que de sa lèvre entaillée s’écoulait le liquide rouge écarlate sur son menton. Épars dans ses pensées, l’esprit du jeune homme ne comprit pas vraiment les longs hurlements que crachait Letor en de nombreux postillons de haine. Les brides de ce qu’il comprenait parlaient principalement d’irrespect, d’âme d’Hankien, de fils de Kor et de répugnance progéniture des Succubes de Kobol. En gros, Letor l’insultait ouvertement.

Mais alors que le boulanger s’apprêtait à le frapper à nouveau, Déjanire, une femme d’un âge avancé mais gardant toujours une incroyable beauté, lui agrippa le poing, l’empêchant de frapper à nouveau son fils. Koah soupira, heureux de voir débarquer sa mère à sa rescousse même si dans les yeux verts de celle-ci, il pouvait y lire combien elle était encore une fois terriblement déçue de son comportement.

« Laisse donc mon fils tranquille grosse brute ! Et retourne à ta pâte. Seul un hankien frappe un homme à terre, et je doute que tu veuille être assimilé à ce genre d’individu. »


Letor grogna de rage puis se résigna à s’en aller derrière l’une des cloisons du grenier, là où se trouvaient les fours du moulin. Déjanire se pencha vers son enfant et l’aida à se relever, examinant avec une affection toute maternelle la plaie ouverte de Koah. « Pourquoi faut-il toujours que tu te mettes dans des situations abracadabrantesques ? Cela t’amuse de tourner Lydée en bourrique ? »

« Assez oui. » Grogna Koah avec mauvaise humeur alors que la douleur qui traversait sa lèvre allait crescendo et qu'il avala le sang. « Quelle enflure ce type. J’étais venu m’excuser pour l’accident de tout à l’heure. J’allais même réparer l’étalage comme Kant me l’a ordonné. »

« Que cela te serve de leçon. » Dit-elle en essuyant d’un pan de son haillon de boulangère le sang qui s’écoulait de la lèvre de son fils. « La prochaine fois, tu trouveras avec Gurkan une autre façon de te jouer des Lydéens et de leur punition à ton égard. » Elle se tourna vers la table en ruine. « Je te conseille d’avoir fini de réparer cette table avant le marché de ce soir, ou Calice portera plainte pour destruction de biens du grenier. Je vais te faire apporter des outils. Evite de blesser quelqu’un avec, une honte par jour me suffit mon chéri. »  

Aussitôt cela dit, Déjanire s’éclipsa, laissant Koah seul devant ses morceaux de bois et de planches éparpillés sur le sol. Après quelques minutes à les examiner, il fut soulagé de voir qu’il n’y avait que les pieds intérieurs de la table qui s’étaient disloqués et qu’il ne lui suffirait que de les remboiter correctement dans leurs gonds pour la réparer. Ici et là bien sur, il faudrait clouer à nouveau les planches, mais ça ne devait pas poser trop de problème.

C’était donc, assis en indien que Koah entreprit – une fois les outils à sa disposition – de bricoler la pauvre table. Même si en théorie la remise en état de ce vieil établi de bois semblait plutôt facile, la pratique s’avéra plus ardue que ce qu’il n’y paraissait vraiment. Malgré les coups de marteau, les coups de pied et même les injures et autres menaces de mort, aucun des deux piquets ne semblaient vouloir reprendre sa place, et pire encore, le cordage qui entravait les planches de bois encore intactes se détendait et menaçait à tout moment de les libérer.

« Je t'ai trouvé un poste mais tu devras bosser dur. Comment ça avance ? »

Rapidement, Koah releva la tête vers Andrew tout en donnant un violent coup de marteau sur un clou qui se tordit sous le choc. « Je suis glaneur de fruits Maître Intendant, pas bâtisseur. Ma spécialité c’est de grimper aux plus hauts arbres de l’île. Mais je tâche quand même de faire de mon mieux pour la rendre à nouveau opérationnelle. » Toujours assis à l’indienne, le jeune homme redressa la table sur ses six pieds mais celle-ci, d’un air pathétique, tangua dangereusement sur la gauche avant de s’écrouler à nouveau instable dans un grand grincement. « Par Okan ! Cette chose va me rendre fou ! » S’énerva-t-il en la secouant avec agacement. « Voilà ma punition divine ! »

Un soupir. « Quel est le poste que vous m’avez trouvé et pour lequel je devrais bosser dur, Maître Intendant ? » Demanda Koah alors qu’il essayait de comprendre pourquoi cette satanée fille d’Hankienne débauchée ne tenait pas droite sur ses six guiboles.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Sam 6 Oct - 4:04

Un sourire amusé passa sur les lèvres d'Andrew et il ne fit rien pour le cacher. La situation l'amusait beaucoup. Koah était en train de s'énerver contre une table... ça lui rapellait de bons vieux souvenirs où lui même s'énervait avec son arc. Parce qu'il avait tenu à fabriquer l'arme lui même, il avait poli, brossé et enduit le bois et puis était venue la mise en place de la corde. Il fallait qu'elle soit tendue, juste assez pour éviter au bois de se rompre et à la flèche de partir rapidement au loin. La première fois, les nœuds qu'il avait fait se défaisaient au bout d'un moment et il recevait la corde sur les bras comme un coup de fouet. Et puis il y avait aussi le retour du bois en pleine figure parce qu'il était trop glissant. Bref, autant dire que cela avait été un immense casse tête ! Et il avait juré comme jamais dans sa vie.

Enfin, il ne voila pas son amusement et fit un sourire amical à Koah. Si ce dernier avait été bâtisseur, il aurait été plus facile de lui trouver du travail. Il remarqua sa lèvre ensanglantée et se douta de l'origine de cette plaie. Mais alors que Andy allait lui répondre, il reçut un truc dur derrière le crâne. Surpris il tourna les yeux vers l'objet en question qui n'était autre qu'un morceau de pain rassis. Letor le regardait avec des yeux sombres et une grimace de mépris. Andrew ne comprit pas pourquoi il avait fait ça et il allait retourner à l'essentiel lorsqu'il reçut un autre pain rassis. Il resta alors incrédule et demanda sur un ton interrogateur :

« Mais enfin, à quoi tu joues, Letor ? »

« Espèce de sale vaurien ! Tu le laisses comme ça, sans rien dire alors qu'il n'est pas fichu d'arranger une table... Après ce qu'il a fait ! Si je me doutais de ça venant de toi Kant... tu es pire que sa mère ! Tous des imbéciles, il se moque de vous tant qu'il peut et vous le laissez faire !!! J'en ai assez, ça ne se passera pas comme ça !!! J'irais voir le Chef, il va mettre ce petit délinquant derrière les barreaux avec des fers !!! Lydée s'en portera bien mieux que votre immobilisme ridicule ! Sans compter que d'après ce qu'on m'a dit, ton fils semble prendre la même direction, lui aussi ! Ce sera un de ces petits agitateurs, voleurs et menteurs ! »

Ce fut le mot de trop et les gens qui se trouvaient autour le savaient... Les uns après les autres, ils tachèrent de se mettre à l'abri de ce qui allait se produire. Même les gardes, se confondirent avec le décor. Les quelques lydéens qui parlaient firent silence... Andrew bouillait. Letor venait de se mêler d'une chose qui ne le regardait absolument pas et l'Intendant bien qu'indulgent, ne pouvait tolérer une telle insulte et de tels propos. Il s'approcha de lui, les poings serrés. C'est d'un regard sombre et d'une voix puissante qu'il brisa ce silence pesant :

« La ferme ! Que ce soit bien clair entre nous, Letor... ton galon est à peine valable pour vendre des pains sur le Marché alors surtout ne viens pas parler d'autorité quand on sait que, mis à part ton étal tu n'as que tes mains pour pleurer ! J'assume certainement mieux mes responsabilités que toi au sein du Village et de nombreuses personnes te passent devant ! Pour ta gouverne ce garçon a au moins un peu plus d'intelligence que toi, il vient réparer ces erreurs, en toute franchise. Il n'a visiblement pas riposté lorsque tu l'as battu ! Avant de venir me parler de mes décisions, je te conseille à l'avenir de t'occuper d'abord de toi et des réactions typiques d'un Hankien ! Et la prochaine fois que tu oses un seul mot comme ceux que tu as prononcé sur mon fils... ce ne sera pas un avertissement oral que tu prendras en retour en pleine face mais bel et bien le plat de mes phalanges... J'espère avoir fait rentrer ça dans ton crâne ! »

Au fur et à mesure qu'il parlait, on avait l'impression que les gens fondaient même Letor. Ce dernier avala difficilement sa salive et dans un grognement il retourna à ses occupations. Andrew frappa du poing sur une table proche et souffla un bon coup. Il revînt vers Koah qui avait vu un aspect de ce qu'il valait mieux éviter chez Kant. Les gardes reprirent leur ronde et les gens s'éclipsèrent en évitant soigneusement de se trouver près des deux hommes. Il lâcha sur un ton sec :

« Comme j'allais le dire tout à l'heure, je t'ai trouvé un poste. Tu remplaceras Irys et Kloé au tri. Pour l'explication tu seras chargé de trier les céréales, fruits, légumes qui viennent de l'extérieur pour enlever les pourris et les amener au grenier. Tu n'auras pas à te charger de la viande, elle est triée à part. Je compte sur toi pour être efficace, ce poste revêt une grande importance dans le village. »

Il marqua une petite pause et s'approcha de Koah pour lui parler à voix basse : « Et si tu as une petite faim, tu pourras éviter de faire du vol à l'étalage. Evite simplement de trop en abuser et essaie de t'en tenir à ton jeûne, le plus souvent possible. Je sais que cela n'est pas facile mais tente au moins le coup. Je suis clément pour cette fois mais il n'en sera pas toujours ainsi. J'attends de toi que tu te fasses petit et que tu évites de semer la pagaille. Lydée a déjà assez de problèmes avec les gens désagréables comme Letor, inutile d'en rajouter une couche par dessus. Est-ce que ce poste te convient et es-tu prêt à t'y rendre ? »

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Sam 6 Oct - 6:23

Lorsqu’Andrew Kant sourit à Koah Lang, le jeune Lydéen lui rendit un demi-sourire amusé, mais également un peu troublé. Étrangement, lors de ce bref instant où Kant se tenait debout devant lui à le regarder se débattre avec cette table peu coopérante, la rancœur que Koah éprouvait jusqu’à maintenant s’envola. Un mince instant, le jeune Lydéen vit autre chose en Andrew que le despotique responsable de la Guilde à laquelle il appartenait. Il avait cru apercevoir un homme simplement lui-même et qui ne jouait plus le rôle stupidement dur que la communauté attendait de lui.

Mais hélas, cette vision s’envola aussi vite qu’elle était apparue lorsque le deuxième pain rassis lancé par Letor heurta Andrew et que le boulanger réveilla de ses mots acerbes la colère du Maître Intendant. Rapidement, Koah se releva, et comme toutes les personnes se trouvant dans le grenier qui assistaient à cette confrontation profondément glaciale, le jeune Lydéen se fit tout petit, ne bougeant plus d’un pouce, et n’osant même plus respirer qu’une fois sur deux.

Incroyable était la capacité d’Andrew de passer d’un extrême à un autre. D’un côté, il en imposait en charisme presque charmant, et de l’autre, il pouvait se transformer en… en… en… en ça ! Un terrible tremblement d’angoisse s’empara de son être lorsqu’Andrew Kant se tourna vers lui une fois que Letor s’en soit reparti la queue entre les jambes. Ça allait être à son tour. Il allait subir ces foudres ! Le gros fils de Kor de Letor avait fait fuir le Kant qui avait souri en arrivant. Ce dernier avait laissé la place au Maître Intendant aux yeux duquel il n’était que Koah l’idiot du village qui agissait toujours sans agir.

Déconfit, Koah évita soigneusement de le regarder directement, histoire de ne pas le provoquer davantage. Le jeune Disciple d’Okan feignait de trouver la pelote de raphia qu’il avait entre les mains des plus passionnantes. C’était tout ce que pouvait faire Koah à cet instant. La fuite aurait été également une solution, mais son cerveau refusait d’acheminer les ordres à ses guiboles.

Pendant qu’Andrew lui parlait d’un ton sec du poste qu’il allait occuper, Koah déglutit deux fois, et recula discrètement de quelques centimètres. Mais alors qu’il croyait que Kant allait le libérer, le Maître Intendant marqua une petite pause qui lui fit relever les yeux dans sa direction dans l’espoir d’y voir l’autorisation de décamper. Aussitôt, une fois que le chasseur eut capté une seconde fois son attention, Andrew s’approcha de lui et reprit la parole en baissant la voix.

Un doux frisson parcouru toute l’échine de Koah et perla sa peau d’une agréable chair de poule. Même si le putain de caractère de chien enragé d’Andrew décausait une grande partie de la sympathie que le futur prêtre aurait pu éprouver pour lui dans d’autres circonstances, Andrew n’en restait pas moins un homme terriblement séduisant et au goût du jeune Lydéen. Koah était perdu dans ses grands yeux bleus, et cette soudaine façon qu’il avait de lui parler à voix basse et de le conseiller avec une étonnante attention le désarçonnait au point de lui couper la chique.

Mais même s’il se serait bien perdu pour une longue éternité dans ce regard, Koah reprit vite pied dans la réalité, tiré par son agacement entêté. Zou ! Envolé la crainte et bonjour l'entêtement ! Encore une fois, Andrew soulignait qu’il n’était qu’un semeur de pagaille et cela lui aurait fait rouler les yeux, s’il n’avait pas tout de même la crainte de se ramasser un coup de Kant… sa lèvre n’en supporterait pas davantage. Quoiqu’il en soit, Andrew attendait une réponse claire et précise, et il fallait vraiment être dérangé pour refuser d’obéir à Kant après cette prestation digne d’un hankien à qui on aurait molesté sa plus précieuse prostituée. « Euh... oui… oui ! Euh oui ! Je suis prêt Maître Intendant. Je peux vous assurer que vous en oublierez jusqu’à mon existence. Vous n’entendrez plus jamais parler de moi. C'est à peine si le souvenir de votre pénible rencontre avec mon odieuse personne effleurera votre roue karmique... »

Bon ok, c’était un chouilla excessif, mais cette pointe de sarcasme, il ne put la réprimer. C’était en réponse à la mise en garde d’Andrew. S’il voulait qu’il se fasse très petit, il allait devenir minuscule à outrance. Si Koah était bien doué pour quelque chose, c’était bien pour toujours exagérer les impulsions nourries par son mauvais caractère de tête de mule.

Brusquement, il mit la table sur ses six pieds si fortement qu’elle perdit trois de ses pieds et glissa hors des mains du jeune homme. « Par Okan ! Elle me tape sur les nerfs ma parole ! » S’écria-t-il en roulant avec énervement un regard vers le ciel. « Puni pour une bouchée de pain ! Tout s’enchaîne ! » Il donna un coup de botte aux planches de bois, et aussitôt, on entendit la voix portante de Déjanire crier un « Koah » autoritaire au fond du grenier. « Elle est pas la seule en fait à me taper sur le système… » Marmonna-t-il dans son menton.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Sam 6 Oct - 20:59

Tout en Koah lui rappelait sa jeunesse. Le jeune homme avait les mêmes réactions. Andrew ne dit rien lorsqu'il l'entendit marmonner entre ses dents. Il connaissait bien ce comportement pour l'avoir eu lui aussi. Lorsque quelque chose ne fonctionnait pas, on supportait très mal les réprimandes et il arrivait parfois que l'on dise des choses méchantes que l'on ne pensait pas. Il aurait été bien hypocrite de la part de l'Intendant de lui faire un reproche là dessus car le nombre de fois où il avait marmonné des choses comme celles-là ne se comptait plus sur les doigts de la main... depuis bien longtemps. Il dut reconnaitre tout de même le mauvais caractère de Koah, un peu semblable au sien. Sauf que le jeune homme jouait un profil bas, peut-être trop bas pour Andy qui rectifia, sur un ton calme malgré un peu de froideur :

« Je ne t'en demandes pas tant, tu sais. Il suffit que tu ne fasses pas de grabuge à tout-va et je m'en contenterais. Être invisible n'est pas ce que je recherche. Mais je vais être honnête avec toi, nous avons le même sentiment de frustration. Toi, tu n'aimes pas la décision du Conseil de te garder à l'intérieur et bien moi, je suis également de mauvaise humeur lorsque je ne peux pas aller chasser. Peut-être suis-je trop habitué à l'extérieur pour m'en passer, je ne saurais le dire. Que tu aides Lydée à tourner correctement, c'est là ce que je souhaite. Je serais le pire des menteurs si je te disais que je n'ai jamais fait de bêtises, et parfois elles ont été pire que celles que tu as pu faire. J'ai déjà vécu ce genre de situation et regarde ce que je suis devenu aujourd'hui. Un intendant autoritaire qui gueule sur qui le mérite... alors que je m'étais toujours dit de ne pas devenir comme ça. Tu n'as pas besoin de rester dans l'ombre, je ne peux que te demander de faire attention à ce que tu fais, c'est tout. »

Et il lui adressa un sourire ainsi qu'une petite tape sur l'épaule. Il savait bien que Koah n'était pas méchant, sa mère avait fait de lui un brave gars. Et en plus elle lui avait donné son sale caractère... entêté... Déjanire avait toujours pris soin d'élever avec brio ses enfants et cela se voyait. Elle était considérée dans le village par tout le monde, pour sa volonté et son altruisme. Bref, autant dire qu'Andy se voyait plus jeune et que cela jouait sur son affection. C'est vrai, il était parfois bourru mais quand il s'agissait de compliments il n'était pas radin. D'ailleurs il reprit :

« Ta mère peut être fière crois-moi, je suis venu te chercher en bas avec des idées très arrêtées, je m'étais dit, c'est un tire-au-flanc, un casse-cou, bref, je m'étais planté. Je m'aperçois maintenant que tu es quelqu'un de volontaire et de motivé. Malgré le fait que tu n'arrives pas à réparer cette... table, tu cherches tout de même à comprendre. Et c'est très bien... »

Et puis il regarda la table... Où le jeune homme pouvait-il se planter pour qu'elle ne tienne pas normalement ? Kant n'aurait pas su le dire ! Ce n'était pas pour rien qu'il était chasseur, parce qu'il n'y entendait que dalle en mécanique... Il aurait agi pareil que Koah, il aurait cloué les pieds... et il eut une idée. Il s'éloigna un peu et prit une autre table, la même mais cette fois-ci non démolie, il l'allongea et se frotta les mains :

« Tiens, regarde... peut-être qu'en comparant les deux, tu arriveras à trouver ce qui manque... ça doit être un détail débile encore... Tu as énormément de chance, la dernière fois que j'ai réparé mon volet, je me suis donné tant de coups de marteau que j'ai du attendre dix jours avant de pouvoir tendre mon arc... pourtant, il n'y avait rien de compliqué en y réfléchissant, il fallait juste que je cloue des planches... »

« Oh non... Andy, me dis pas que tu vas te mettre au bricolage... tu sais bien que tes atouts sont inexistants en la matière !!! Ne le laisse pas faire Koah... s'il touche à cette table, elle est foutue à vie ! »

C'était Guerel qui s'était approché. Le potier souriait et écoutait avec attention ce qui s'était dit entre eux depuis un petit moment. Il approcha de la table et  ne put s'empêcher une moue pensive. Andrew sourit à son tour et il se contenta d'ajouter :

« Malheureusement oui... Cheera m'a donné une autre voix à suivre. »

« Oui, et on comprend mieux pourquoi quand on a vu l'état du toit que tu as voulu refaire il y a deux ans... une véritable catastrophe ! D'ailleurs il n'a jamais tenu... Tu as loupé un grand moment fiston ! »

Il s'adressait à Koah. Mais le mot qui avait employé était loin de le rabaisser. Andrew aussi était appelé comme ça parfois quand ils se voyaient. L'homme était affectueux et la réaction de Letor l'avait profondément navré. Il n'aimait pas les disputes et c'était en partie pour ça qu'il s'était rapproché d'eux, pour détendre l'atmosphère.

« Ah... la jeunesse... il est bien lointain le temps où mon dos ne me faisait pas souffrir... Profitez-en tant que vous êtes jeunes !!! Vieillir c'est pas ce qu'il y a de plus drôle. Tiens, je me demandais Koah... est-ce que tu pourrais m'aider à ranger quelques caisses, si tu peux, hein... certaines sont lourdes et j'ai du mal... »

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Sam 6 Oct - 22:50

Si Andrew Kant n’avait pas souri et donné une petite tape sur l’épaule de Koah après son discours qu’il prononça d’un ton froid, le jeune homme se serait senti agressé et il se serait emporté avec exagération comme à son habitude. Mais heureusement, le sourire du Maître Intendant de la Guilde des chasseurs, des éleveurs et des cultivateurs adoucit le petit démon qui contrôlait son âme dans ce genre de moments là. Koah baissa même les yeux, intimidé lorsque Andrew déballa un florilège de compliments.

Bigre ! Dingue ! Ça alors ! S’il s’attendait à ce genre de félicitations de la part d’Andrew Kant ! C’était incroyable. Comment pouvait-il être un moment dur et ferme, et puis l’instant d’après, presque affectueux et paternel ? Cette aptitude à passer du chaud au froid décontenançait sévèrement Koah qui avait un mal fou à trouver une ligne de conduite à suivre. Kant attendait de lui qu’il se raisonne, qu’il soit juste en gros respectueux des lois de Lydée et de ses habitants, et que toutes les décisions irréfléchies qu’il pourrait prendre passent automatiquement à la trappe.

Mouais, cela pouvait se faire. C’était même fort envisageable. Mais c’était sans compter hélas son incroyable capacité à attirer les ennuis sans qu’il ne les cherche. Koah ne se levait pas le matin en se demandant quels méfaits il pourrait accomplir dans la journée. Non, ce qui rendait ses actions catastrophiques et imprévisibles, c’était la malchance. Un cordage mal fixé, un bœuf acharné et décidé à lui faire payer son rodéo, une cloison ne supportant pas son poids. Voilà ce qui rendait les actes de Koah épouvantables aux yeux des Lydéens. Si cela ne tenait qu’à lui, tout ce qu’il entreprenait de quelque peu idiot, ne se finirait jamais en eau de boudin.

Une nouvelle fois assis à l’indienne, Koah regardait le mécanisme complexe de la table tout en écoutant le Maître Intendant. Soudain, un léger rire incontrôlable sortit de sa bouche. Le fait de le savoir si peu manuel et quelque peu maladroit avec des outils le troublait agréablement. Alors, cette montagne de muscles et d’assurance avait quelques petites failles qui l’humanisaient ? C’était une bonne chose ! Mais avant que Koah n’ait eu le temps de rétorquer une idiotie à l’intention de Kant, le vieux Guerel s’imposa aux deux hommes. Koah ne dit rien pendant toute l’intervention de Guerel, se contentant de sourire d’un air amusé. C’était fou. Le jeune Lydéen se rendait doucement compte qu’il s’était fourvoyé dès le début sur Andrew, et que ce dernier n’était sans doute pas réellement l’homme dur chez qui il était préférable de n’être jamais convoqué.

A force d’écouter la rumeur, on finissait par la croire, et c’était donc tout naturellement, sans chercher à discerner le vrai du faux, que Koah avait jugé d’avance le Maître Intendant. Mais maintenant, petit à petit, à force que les évènements s’enchaînaient, comme faisant son petit bonhomme de chemin, l’avis du jeune Lydéen changeait et prenait doucement le pas sur les souvenirs désagréables d’un Kant haineux s’en prenant à Letor.

« Ah... la jeunesse... il est bien lointain le temps où mon dos ne me faisait pas souffrir... Profitez-en tant que vous êtes jeunes !!! Vieillir c'est pas ce qu'il y a de plus drôle. Tiens, je me demandais Koah... est-ce que tu pourrais m'aider à ranger quelques caisses, si tu peux, hein... certaines sont lourdes et j'ai du mal... »

Bien sûr voyons ! Il n’avait que ça à foutre de sa journée. Qu’Okan cesse de jouer avec ses pieds ! Cette journée s’annonçait terriblement longue, éreintante et pourrie jusqu’aux dernières minutes du crépuscule. Et pourtant, même si le cœur n’y était pas, Koah sourit aimablement en hochant la tête. « Bien sûr, Guerel ! Dès que j’ai fini de trouver comment le mécanisme de cette table fonctionne, je viens vous aider. »

A peine avait-il dit cela qu’il se souvint qu’il devait suivre Kant au triage des céréales. Même si le Maître Intendant ne paraissait plus être sur les nerfs, Koah préféra ne pas tenter sa chance davantage. Ces caisses – peu importe où elles se trouvaient – attendraient un autre moment pour être déplacées. « En fait non ! Je ne peux pas venir ! Mais ce soir, après mon travail je pourrais vous aider Guerel mais pas avant. J’ai déjà suffisamment pris de temps au Maître Intendant pour en rajouter ainsi. » Il ne décrocha pas ses grands yeux marrons-verts de ceux du vieil homme. « Ce ne serait pas raisonnable. Il ne faudrait pas qu’il pense que je saute sur cette occasion pour tirer encore une fois au flanc. » Un léger sourire suivit son sacrosaint sarcasme, marque de fabrique.

Résigné face à son incapacité à réparer la table, Koah se redressa et croisa les bras. Après un long soupir il dit : « C’est bon, j’abandonne, Maître Intendant. Je paierais pour la réparation de cette table… divisé en deux, l’amende ne devrait pas être trop salée. » Oh ouais, car il était bien résolu à faire payer Gurkan également. Maintenant, si Andrew acceptait cet arrangement, il était prêt à le suivre au tri pour une longue et très pénible journée.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Dim 7 Oct - 18:00

Andrew posa d'abord ses yeux bleus sur Koah. Le jeune homme avait accepté spontanément d'aider Guerel et cela ne l'avait pas laissé de marbre. Il était content de voir sa réaction, sauf que la suite le mit dans l'embarras. Il n'en montra bien sûr aucun signe particulier à part un froncement de sourcils... C'est vrai que Koah devait aller travailler et même si cela ne plaisait pas à Andy, il devait en effet exprimer son refus. Mais alors qu'il allait parler et se proposer, Koah abandonna la réparation de la table ce qui arracha à Kant un sourire non dissimulé et compréhensif. Guerel donna un coup de coude amical dans l'aîne de l'intendant et reprit la parole, enjoué :

« Et bien, tu as trouvé un jeune comme toi, Andy... mais attendez, j'ai une petite proposition à vous soumettre. Même avec une main, j'arriverais mieux à faire tenir cette table que vous deux réunis, alors voilà ce que nous pourrions faire. Je répare cette maudite table qui donne du fil à retordre au fiston et vous rangez mes caisses. Au moins, comme ça, je sauve les jetons de Koah... et vous épargnez mes vertèbres douloureuses. »

Sacré Guerel, il avait toujours plus d'un tour dans son pot... L'idée n'était pas mauvaise et Andrew se sentait un peu soulagé parce qu'il pourrait aider son ami. Il jeta un oeil à son presque double manuel et haussa les épaules en disant :

« Qu'en penses-tu ? Si ça peut t'épargner d'utiliser tes jetons, pourquoi pas ? Et puis à deux nous irions bien plus vite. Si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'accepte le marché. »

Andrew lui demandait son avis pour la deuxième fois de la journée. Cela pouvait paraitre surprenant vù les sautes d'humeur dont il avait fait preuve. A vrai dire il y avait un long moment qu'il ne faisait plus guère fi de ses accés de colère intempestifs. Ceux qui étaient ces amis, dont Guerel savaient pertinemment le cerner et seuls eux, n'étaient pas décontenancés. Et puis Guerel regarda de plus près la table, il était plus doué que les deux hommes même s'il n'était pas spécialisé dans tout ce qui touchait à la réparation ou au bricolage. Il adressa un sourire complice à Koah en lui disant :

« Et bien, mon gars, tu y es pas allé de main morte... On dit souvent que la faim... justifie les moyens... »

Et il fit un clin d’œil à Andrew sur ce jeu de mots. Le potier avait toujours été très fin d'esprit et des fois cela ressortait dans ses propos. Mais néanmoins, il avait gardé cette touche un peu comique, qui passait partout. Son discours n'en était que plus sympathique et amusant. De nombreuses fois il avait détendu les tensions dans le village. Et puis, c'était bien la seule personne avec qui Andrew n'avait pas eu d'altercation plus ou moins forte dans son entourage... Quoique non, la seconde... Logan passait devant. D'ailleurs le vieil homme savait bien qu'un des points sensibles de ce tas de muscles et de cette puissante voix c'était son fils. Celui qui savait ça pouvait agir sur lui avec une excellence digne de la beauté de Cheera. Les raisons de l'intervention de Guerel étaient doubles. Il voulait déjà quêter un peu d'aide et protéger Andy de cette exposition malencontreuse de ses faiblesses. Oui, parce que le jeune homme avait tendance à fulminer dès qu'il avait été touché.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Dim 7 Oct - 18:54

Bon et bien, si Andrew Kant n’y voyait pas d’inconvénient, pourquoi refuser une telle proposition ? En plus, le Maître Intendant lui demandait son avis et ne l’imposait pas, autant ne pas laisser passer cette occasion… c’était une chose fort rare apparemment. Le jeune Lydéen n’allait d’autant pas louper le coche qu’il ne lui restait qu’à peine assez de jetons pour sortir dans trois jours – à la fin de son jeûne normalement – avec Jewel Päsh à la taverne. Cette soirée, la jeune agricultrice et meilleure amie attitrée du jeune homme, l’attendait depuis pas mal de temps, et Koah courait vraiment à sa perte s’il la reportait encore une fois, faute cette fois-ci de jetons et non de grosse bêtise.

Rapidement, d’une manière empressée qui ne cacha pas son soulagement à fuir la responsabilité de la reconstruction de cette table au mécanisme maudit, Koah hocha la tête et récupéra sa besace posée plus loin. Tout en finissant d’attacher dans son dos ses deux harnais, le jeune homme lança un regard complice au vieux potier et dit avec une pointe d’amusement dans la voix :

« Et ma faim était énorme ! Aussi grosse que celle du gros Roy après une partie de jambes en l’air torride avec la femelle numéro un de son harem. »

Après un regard entendu à Andrew lui signifiant qu’il était prêt, Koah s’éloigna d’une dizaine de pas rapidement. Il n’avait pas envie de rester ici et que le deal soit remis en question pour une quelconque raison. Surtout que comme Kant s’était proposé de lui donner un coup de main, il n’allait pas en plus le faire poireauter éternellement. Sa patience avait certainement des limites très vite franchies.

Soudain, à quelques pas de la sortie du grenier, Koah se retourna vite sur lui-même, ne sachant pas en fait vraiment ce qu’il devait porter, ni même où ces caisses se trouvaient. Il se demanda même si celles-ci ne se trouvaient pas dans un atelier du grenier. Se trouvant un peu bête sur le coup, le jeune Lydéen revînt sur ses pas, une main embarrassée glissant dans ses longs cheveux châtains clairs.

« Euh… où se trouvent vos caisses à transporter ? Et où devons nous vous les entreposer ? » Koah fit quelques tours sur lui-même pour regarder autour de lui. Peut-être apercevrait-il les caisses en question avec marqué un gros « caisses du potier » écrit dessus à la craie rouge. La grande place du grenier se vidait petit à petit des échoppes du marché de ce matin, ne laissant derrière que quelques femmes et leurs balais, occupées à faire sortir la poussière hors du grenier.

« Par Okan ! Ne me dites surtout pas qu’elles sont aux pieds de Lydée ? » Des sourcils froncés et une mine faussement indignée. « Si c’est le cas, c’est le plus odieux marché que l’on m'ait proposé de toute ma vie, permettez moi de vous le signaler, monsieur Guerel ! » Un demi-rire. Heureusement, les nacelles privées du grenier menant à la terre seraient là pour faciliter le travail... dans le cas contraire, Koah l'aurait vraiment eu mauvaise si effectivement, les caisses du potier se trouvaient entreposées au fin fond du trou du cul de Lydée.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Lun 8 Oct - 9:58

« Non mon garçon, tu n'auras pas à descendre pour aller les récupérer. La poterie c'est pas comme la nourriture, elle ne sort de Lydée que pour faire commerce avec Oderne... et j'en remonte toujours très peu. Et puis, tu as une forme olympique ! Si elles avaient été en bas tu n'aurais eu aucun mal à les monter. Il faut juste les amener à mon petit entrepôt, derrière l'atelier. Elles sont sous mon étal, cachées sous un drap, ça les protège des regards... tu ne me croiras jamais mais lorsque tu exposes des poteries à vue, il y a toujours un aimant qui attire les maladroits... et vlan ! Tu perds une semaine de travail et de perfectionnisme... Que Pëlos m'en soit témoin, je préfères prévenir les choses. »

Il leva les yeux vers le ciel et fit de même avec ses mains avant de récupérer un marteau, des clous et quelques babioles dont Andrew ignorait l'existence jusqu'à maintenant. Il regarda avec attention la table à côté et commença à la réparer. Pendant ce temps, Kant avait légèrement éloigné Koah en le prenant par le bras et il lui dit, non sans une légère touche d'humour :

« Essayons de ne pas tout casser quand même... Guerel ne s'en remettrait pas. Regarde, elles sont là. »

Et pour être bien planquées, elles l'étaient ! Le vieil homme les avait caché sous l'étal recouvert d'un drap qui cachait les côtés et le devant de sorte que de là où ils étaient, ils n'avaient pas pu distinguer grand chose. Et toutes les caisses étaient soigneusement recouvertes pas un autre drap. Andy enleva ce dernier et exposa ainsi toutes les belles créations du potier aux regards. Toutes étaient finement ouvragées, avec des variances de couleur et quelques gravures à la gloire de Lydée ou de Pëlos. Parfois même, il y avait quelques pierres brillantes incluses dedans et l'Intendant ne put s'empêcher de siffler d'admiration. Il y avait en tout, une bonne vingtaine de caisses et alors qu'Andy allait en prendre une, il fut étonné par la lourdeur de cette dernière. Il dit surpris :

« Par Cheera, cette chose pèse bougrement lourd ! Pas étonnant que Guerel souffre de problèmes au dos, il va se casser les reins à porter ça à son âge ! »

Il jeta un œil à son ami qui était occupé à réparer la table. Comment faisait-il les autres jours ? Il devait surement demander de l'aide à quelqu'un. Andrew partit donc vers l'atelier la caisse calée sur ses bras et il entra dans la petite hutte. Une odeur d'argile en émanait et lorsqu'on n'y est pas habitué comme Andy, on lâchait un cri écœuré : « Pouah... ça pue ! ». Kant trouva une petite remise et y rangea sa caisse. Il dit alors, à l'attention de Koah :

« Mets les caisses sur le côté, il y a de la place. Et fais attention de ne rien tomber, ce serait fort dommage. Au fait... c'est qui ce second payeur d'amende ? Dois-je comprendre que tu portes le chapeau pour un autre ? Enfin n'y vois pas un reproche. C'est courageux... mais cela voudrait dire que cette seconde personne aurait du recevoir la moitié de mon sermon de tout à l'heure... Néanmoins si tu ne veux pas me dire qui c'est, ce n'est pas grave, je te demanderais juste de lui donner la partie que tu as reçu en trop. J'ai un affreux doute soudain... je me demande s'il ne serait pas soldat par hasard... »

Il lui adressa un sourire complice. Il avait eu vent des frasques que Koah et son ami Gurkan faisaient. Mais bon, cette histoire était à oublier, Andy était confiant en l'avenir. Le jeune glaneur avait la volonté pour ne pas recommencer. Peut-être que Kant était trop gentil sur ce coup là. Mais de toute façon, il avait pris du retard et même si comme le lui avait dit si amèrement Letor, il méritait d'aller en prison, Andrew avait résolument décidé de passer l'éponge pour cette fois et de l'assigner à un poste où il pourrait enfin lui être utile.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Lun 8 Oct - 11:41

Koah roula les yeux vers les cieux en entendant Guerel parler de semaine de travail et de perfectionnisme. Est-ce que ce vieux potier avait perdu la raison ? S’il ne voulait pas qu’il y ait de casse, et qu’il désirait que ces précieuses céramiques restent entières, il aurait dû proposer son offre à quelqu’un d’autre. N’avait-il jamais eu vent de l’incroyable facilité qu’avait Koah de détruire en quelques secondes, des jours, voir des semaines de travail intense ?

Quelle lourde responsabilité que voilà. Koah n’avait pas envie de décevoir le Maître Intendant… où plutôt de subir une de ses légendaires colères si par inadvertance, il trébuchait et envoyait valser les précieuses faïences. Lorsque Kant découvrit les vases, l’angoisse de Koah augmenta d’un cran. Ces poteries, elles étaient magnifiques, trop belles pour être confiées aux bons soins d’un Koah maladroit à outrance. D’ailleurs, Letor, occupé à décharger quelques sacs de farine semblait être le seul à percevoir toute l’étendue de la catastrophe qui se profilait à l’horizon, et il le fit remarquer d’un rire tonitruant.

Ignorant royalement le boulanger, le jeune Lydéen imita Kant en voulant s’emparer d’une caisse. Celle-ci, odieusement trop lourde, fit grimacer sous son poids le jeune homme qui peina à la soulever du sol. Au début, Koah tenta de trainer sa caisse, mais le bruit bizarre que provoquait l’entrechoquement de certaines faïences le dissuada de continuer. Pourtant, selon lui, c’était là la manière la moins risquée.

« Mais ça pèse une tonne ce truc ! C’est ce que je disais, c’est un marché crapuleux… et je m’y connais en marché crapuleux ! Je vis de ce genre de troc ! » Un regard vers Guerel qui avait le sourire aux lèvres. « C’est crapuleux ! » Beugla-t-il finalement avec une pointe d’amusement tout en soulevant dans une grimace d’effort intense, la caisse.

Avec la plus grande des attentions, comme si chaque pas demandait un effort incroyable, Koah s’avança vers l’atelier sur les traces d’Andrew. Une fois qu'il franchit les portes, l’odeur nauséabonde de l’argile lui sauta au nez et le fit presque tourner de l’œil. « Pouah ! Mais ça pue ! Y a-ty' pas un Qwel crevé dans les parages, que ça ne m’étonnerait pas ? »

Une fois la caisse posée à côté de celle de Kant dans la remise, Koah s’étira un peu histoire de détendre les vertèbres de son dos. Finalement, lorsqu’il faisait attention, tout semblait bien se dérouler. Pas de casse ! Il était assez fier de lui-même sur ce coup là, et il le fit savoir en se frottant les mains.

« Au fait... c'est qui ce second payeur d'amende ? Dois-je comprendre que tu portes le chapeau pour un autre ? Enfin n'y vois pas un reproche. C'est courageux... mais cela voudrait dire que cette seconde personne aurait du recevoir la moitié de mon sermon de tout à l'heure... Néanmoins si tu ne veux pas me dire qui c'est, ce n'est pas grave, je te demanderais juste de lui donner la partie que tu as reçu en trop. J'ai un affreux doute soudain... je me demande s'il ne serait pas soldat par hasard... »

Koah sourit à son tour tout en glissant une main dans ses longs cheveux pour les plaquer en arrière. Ça ne servait pas à grand-chose de cacher l’identité de Gurkan au Maître Intendant. Gurkan et lui formaient un binôme inséparable depuis plus d’une vingtaine d’années à Lydée. L’un n’allait jamais sans l’autre. Il était donc tout à fait naturel que Kant pense que Gurkan ne soit pas étranger à cette histoire.

« Je ne couvre personne, Maître Intendant. Gurkan n’a agi que comme un soldat en me foutant une branlée. Contrairement à moi, lorsqu’il agit, Gurkan prend toujours soin de couvrir ses arrières. A quoi bon dès lors aller l’enguirlander ? La moitié du grenier m’a entendu le traiter de maudit soldat. Les guerriers sont très susceptibles, vous savez… à moins qu’il n’y ait que Gurkan de susceptible… ce qui ne m’étonnerait pas. Quoiqu’il en soit, Fanon, le Maître d’armes de Gurkan… vous savez le Trayareg dans l’âme… s’il a une âme bien entendu ce sale type, l’excusera volontiers de son geste. Il passe tout à ses guerriers. Dommage que mon Maître Intendant ne soit pas aussi laxiste. »

Laissant échapper un autre sourire, Koah sortit de la remise l’air de rien, les mains derrière le dos. Le jeune homme vagabonda à travers l’atelier du potier un instant, regardant avec un grand intérêt toutes les créations du potier qui étaient déposées sur de nombreuses étagères. Jamais durant toute sa vie à Lydée, le jeune homme n’était entré dans l’atelier de Guerel. Il n’avait jamais vu le tour du potier en marche, et il trouva cela fort dommage en fait.

« Whaaa ! Regardez ! C’est Cheera et Pëlos. » S’extasia-t-il en contemplant une magnifique urne déposée sur un précieux tissu. Celle-ci attendait certainement une quelconque finition avant d’être offerte au temple de Cheera ou de Pëlos. « On dirait l’une des urnes servant pour les baptêmes des nouveaux nés. C’est magnifique ! Mais comment fait-il pour être aussi doué ? » Koah caressa du bout des doigts la fragile faïence et ses courbes harmonieuses, puis, il appuya sa main contre la poutre de bois soutenant l’étalage, ne remarquant pas le chancellement de l’urne qui ne tomba par pour autant. « Parfois je me dis que j’aurais moi aussi voulu avoir un don pour les Arts, mais la Créatrice en a voulu autrement. Je ne suis hélas qu’un glaneur grimpant aux arbres à longueur de journée… lorsque je ne cause pas de catastrophe, bien entendu. »

Koah sortit à nouveau de l’atelier en direction des dernières caisses à transporter. Plus vite il aurait fini, et plus vite, il pourrait prendre son poste au triage de céréales.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Lun 8 Oct - 18:55

Il fallait avouer qu'Andrew avait eu peur que le jeune homme ne casse cette urne... Un vieux dicton avait été importé sur l'Île, il disait, il faut toucher avec les yeux et regarder avec ses mains. Et il allait le lui dire lorsqu'il s'en écarta. Ouf... il n'aurait plus manqué que ça... Que Koah fracasse une si jolie création. Guerel ne semblait pas inquiet mais Kant lui était mort de trac, car il espérait ne pas avoir de casse. Au moins pour donner tort à se gros lard de Letor qui ricanait à voir le jeune homme peiner à sa tâche. Ce dernier faisait son travail, il rendait service, que demander de plus ? Qu'il ne joue pas l'éléphant dans un magasin de porcelaine, voilà ce qu'il fallait... Andy décida donc de le faire passer devant, au moins, il pourrait être derrière lui en cas de problème. Il sortit après avoir fait un sourire en secouant la tête et reprit :

« Chacun a une spécialité, Koah, et c'est tant mieux comme ça. Il faut de tout pour faire un monde. Tant que tu ne tombes pas de ton arbre pour t'aplatir le crâne sur le sol, tu peux être maladroit. Et puis personne n'est à l'abri d'une... »

Sa phrase fut interrompue par un bruit bizarre. Le jeune homme venait de prendre une caisse et se dirigeait vers l'intérieur lorsque cela se produisit. Kant ne comprit pas de suite, il reçut un objet dans le bas-ventre. Le choc avait été assez violent comme s'il avait reçu une pierre. Il regarda au sol et il s'avisa que c'était un morceau de pain rassis. Il leva les yeux et vit Letor, légèrement embarrassé. Cet espèce de fou avait eu dans ses projets de faire glisser et tomber le glâneur de tout son long ce qui aurait eu pour conséquence de briser de nombreuses poteries. Kant vit rouge immédiatement et avant que Guerel ne puisse intervenir pour calmer le jeu il avait déjà saisi le morceau de pain en hurlant :

« Espèce d'abruti ! Tu n'es vraiment qu'un pauvre type ! »

Et avec toute la puissance dont il était capable il envoya valdinguer le morceau de pain vers le boulanger. Ce dernier le reçut en plein sur le visage, dans un petit craquement sinistre et saigna immédiatement du nez. Andy ne l'avait pas loupé et il avait déjà foncé sur l'homme. Il le percuta et l'envoya au sol, en lui infligeant au passage un direct du gauche qui fit un drôle de bruit sur sa mâchoire. Il allait continuer mais Guerel s'était mis près de lui pour l'en empêcher. Résultat, le coup fut dévié et ce fut le pauvre potier qui le reçut. Il tomba sur les fesses à moitié assommé ce qui stoppa net Andy dans son action. Aussitôt il s'approcha du vieil homme en s'excusant :

« Pardon... rien de cassé ? »

« Kant tu es un malade ! Rien ne tourne vraiment bien rond dans ta tronche ! Faut te faire soigner et vite, tu deviens dangereux... »

« La ferme Letor ! Tu te crois peut-être malin à essayer de casser le boulot des autres... Tu fais vraiment peine à voir. »

Et il releva le potier qui avait du mal à reprendre ses esprits. Ce dernier se massa la mâchoire et lança un regard réprobateur à Andy. Au passage précisons que Letor cracha une dent... visiblement décrochée lors du choc et qu'il partit dans sa remise pour maugréer tout seul et surtout se faire petit. Andy n'osait rien dire partagé entre la frustration et l'envie de coller des baffes à qui l'énerverait...

« Par Tëlos tu as une de ces droites ! Mon dentier a du s'en sentir furieusement menacé ! »

« Sincèrement, je suis désolé... »

« Oublions... mais la prochaine fois tâche de ne pas lui sauter dessus comme ça. Letor est lâche et stupide mais c'est un habitant de Lydée. »

« Il l'a mérité ! Il me tape sur le système depuis un petit moment ! Et s'il n'est pas content je viens lui en décrocher une autre de ses dents cariées ! »

Il avait élevé la voix sur sa seconde phrase pour bien signifier au boulanger meurtri qu'il n'hésiterait pas à le faire. A nouveau tout le monde semblait l'avoir joué profil bas alentour et c'était une décision très sage. Guerel se contenta de lever les yeux au ciel et de lancer sur une voix teintée de légers reproches :

« Tu es aussi têtu qu'un Qwel qui veut protéger le village ! Vraiment, tu es un tête de mule ! »

Et il repartit à la réparation de sa table avec une démarche légèrement chancelante. Andy revint vers Koah et prit une caisse qu'il souleva sans aucun problème. La colère décuple les forces, c'est connu. Sans faire fi de quoi que ce soit il partit la ranger sans rien dire. Ah c'est sûr, ça avait légèrement plombé l'ambiance... Mais un point positif subsistait : Letor avait eu ce qu'il méritait... et le boulanger avait bel et bien décidé de rester chez lui et de ne sortir que lorsque tous les deux seraient partis... Non mais !

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Lun 8 Oct - 21:44

Koah n’avait pas très bien compris ce qu’il se passait. Il n’avait ni vu le pain que Letor avait tenté de lui lancer car il était reparti avec une caisse dans la remise, ni même entraperçu celui-ci s’écraser contre le nez du boulanger une fois de retour. Mais, ce qu’il avait bien vu et n’oublierait sans doute jamais, c’était la rage qui animait le Maître Intendant lorsque celui-ci s’était jeté sur Letor et lui avait assené un violent crochet du gauche.

Désarçonné, Koah resta immobile devant un tel déballage d’agressivité. Bon, d’un côté il était content que Letor s’en ramasse une, mais de l’autre, Koah n’était pas pour la violence et le boulanger ne méritait sans doute pas cela. Même si Letor était un homme méprisable et détestable, il était Lydéen et avait droit tout autant que les autres membres du village à vivre en paix. Et puis, le combat était inégal. Le vieux boulanger ne faisait pas le poids face à la montagne de muscles qu’était Kant.

A mi-chemin entre l’indignation et l’effarement, Koah fixait Andrew en silence lorsque celui-ci – après avoir repris un semblant de raison – entreprit une nouvelle fois de porter une caisse dans la remise. Immobile, le Disciple d’Okan mit un temps avant de réagir et de se diriger vers la dernière caisse à transporter. Mais avant qu’il ne puisse s’en emparer sa mère s’interposa et lui tendit un torchon et un sceau remplit d’une eau peu claire.

« Que Danaé ait pitié de nous ! » Dit-elle avec irritation. « Koah, prend ce seau et ce torchon et fais moi partir ces traces de sang. »

« Moi ? Mais pourquoi moi ? Ce n’est pas moi qui me suis battu ! » S’indigna Koah.

Déjanire lui lança un regard des plus autoritaires. Malgré sa petite taille et sa frêle corpulence, la mère des huit Lang avait toujours réussi d’une main de maître à imposer chacune de ses décisions. Et aujourd’hui encore, elle faisait preuve d’une redoutable efficacité. Un seul regard suffit à Koah pour comprendre qu’elle n’en démordrait pas.

« Ce n’est peut-être pas toi effectivement, mais tu es l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Si tu n’avais pas fait de grabuge tout à l’heure, le jeune Maître Intendant Kant ne serait pas venu jusqu’au grenier, et Letor et sa mauvaise humeur n’aurait pas rencontré son poing rageur. Alors, étant ta mère, et surtout, étant dotée d’un sens très aigu de ma propre justice, j’exige que tu nettoies ces traces de sang. Ne discute pas, Koah. Tu n’as pas passé l’âge de recevoir une gifle de ma part, jeune homme. Je passe mes journées dans ce grenier et ça me soulèverait le cœur… cœur que j’ai de plus en plus fragile… de voir des traces de sang dans mon grenier. »

Terriblement résigné face à sa mère qu’il savait encore plus têtue que lui, le jeune homme s’empara du seau et de la loque avant de se mettre à genoux et d’inonder copieusement les planches de bois d’eau. Satisfaite, Déjanire s’éloigna non sans un regard vers Guerel, et surtout, un regard noir vers Andrew qui revenait d’avoir déposé sa caisse.

À genoux, Koah releva la tête vers Kant tout en frottant le plancher. « Ce n’était peut-être pas une très bonne idée de le frapper de la sorte, Maître Intendant. Cela risque peut-être de vous attirer des ennuis. » Dit-il avant de ramasser entre deux doigts la dent de Letor qu’il examina comme si c’était une pierre précieuse. « Elle, je la garde. On ne sait jamais, si je passe par Hanka un jour, ça pourrait me servir pour une petite séance de vaudou, histoire de bien rigoler. »

Et il poussa un léger rire idiot tout en continuant de frotter en vitesse les quelques traces de sang. « Pourquoi vous l’avez amoché de la sorte ? Il n’était pas suffisamment laid à votre goût ? Qu’il s’en prenne à moi j’ai l’habitude vous savez, et je dois dire que je le lui rends bien la plupart du temps. Avec lui, c’est une longue histoire de haine que Torsha se plait à cultiver. Il ne fallait pas pour autant lui sauter dessus au nom de mon honneur. » Un léger rire toujours idiot. « Dois-je prendre ce geste chevaleresque comme le signe d’une pseudo sympathie que vous pourriez éprouver à mon égard, Maître Intendant ? » Un deuxième ricanement toujours aussi bête. « Après, je suis conscient que je suis quasi indispensable au bon fonctionnement de vos affaires. »

Koah ne put s’empêcher de faire l’idiot, plus pour cacher sa propre gêne que pour vraiment tenter de faire rire qui que ce soit.

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mar 9 Oct - 1:52

Andrew ne put réprimer un sourire. Koah détendait l'atmosphère, mine de rien. C'est vrai qu'il se sentait un peu stupide d'avoir agi ainsi. Et cela ne pouvait pas en être autrement. Il avait quand même attaqué cet imbécile de Letor d'une façon plutôt musclée. Andrew se sentit donc dans le devoir de faire ses sincères excuses à Déjanire tout d'abord puis à Letor... un peu plus tard dans la journée parce que là il était encore remonté contre lui. Et puis, le jeune homme devait se douter de ce qui avait déclenché cette accès de rage. Certes il avait agi un peu par sympathie pour Koah, ce jeune il commençait à l'apprécier. Et puis il y avait la façon aussi de se comporter qui agaçait par dessus tout l'Intendant. Letor était un exemple parfait de scélérat parfois ! Il éprouvait pour tout le monde une certaine aversion, du mépris même dans le meilleur des cas de figure. Andy se contenta de répondre à Koah, sur un ton neutre quelque peu calmé :

« Ouais... disons que c'est simplement par respect... Et puis depuis le temps que je rêvais de lui balancer mon poing dans la figure à ce trouble-fêtes ! »

Et il souleva une autre caisse pour la rentrer à l'intérieur. Guerel qui avait entendu pouffa de rire. Il faut dire que même s'il avait été secoué, il avait toujours lui aussi exprimé un peu de tension avec le boulanger. Pourtant, Guerel était ami tout le monde, il était vraiment très apprécié. Kant posa la caisse toujours avec la même force vive qui l'animait et lorsqu'il revint vers Koah il poursuivit :

« Et ne te crois pas indispensable pour autant... sinon tu ne pourras plus marcher sans tomber sur le côté, tant ta tête aura enflée. Non seulement Letor a sali ton honneur mais le mien aussi... Je l'avais prévenu... en plus, est-ce vraiment digne d'un adulte que de jeter la nourriture sur les gens pour les faire tomber et fracasser les poteries ? Je suis certain que même toi tu as plus de plomb dans la cervelle. »

« Andrew ! Je viens de te trouver un nouveau surnom qui en jette bien ! Andy, le briseur de pain rassis... Voilà il ne reste plus qu'à te convertir pour tes vieux jours. Au moins, tu pourras rester au village pour le restant de ta vie. »

« Oh que non ! Rien ne me ferait rester ici toute ma vie ! Il me faut de l'air, de l'espace ! Je ne rendrais mon arc pour rien au monde... Crois-moi, Guerel, le jour où je serais un vieux croûton comme toi, j'aurais déjà un pied dans la fosse... »

« Hey !!! Espèce de bougre !!! N'oublie pas à qui tu as affaire ! Je suis le meilleur réparateur de table de ce grenier ! »

Ils se lancèrent un regard complice et Andy reprit à nouveau une caisse. Mine de rien ils avançaient bien et il ne restait plus beaucoup de marchandises à rentrer. Alors que Koah finissait de nettoyer son exploit Andy s'avança vers la mère de ce dernier et lui dit, avec un ton sincère :

« Je tiens à m'excuser pour ce que tu auras pu voir. A l'avenir je tâcherais de faire plus attention et d'être plus réfléchi. Ceci dit, il était inutile de faire nettoyer ton fils, je l'aurais fait moi-même. Après tout, ce n'est pas lui qui a cogné sur le visage de Letor... bien que je me demande si l'idée ne l'aurait pas emballé... »

Oh bien sûr que le jeune glaneur détestait Letor mais de là à lui mettre une pêche ? Si le garçon avait été élevé dans les convictions de sa mère, alors il était peu probable qu'il ait agi ainsi. En tout cas, le boulanger n'était pas réapparu et sa mauvaise humeur l'avait suivie au fond de son atelier. Guerel avait fini de réparer la table et il s'exclama :

« Et bien voilà !!! C'est tout bonnement du travail de maître ! Cette table est comme neuve. Ne m'applaudissez pas tous en même temps surtout... bande d'ingrats ! Et où en sont mes nouvelles recrues... mon catcheur de boulanger et mon jeune briseur d'étal ??? Vous formeriez un sacré duo tous les deux... de vrais casseurs de rongmols ! »

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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mar 9 Oct - 13:08

Koah fit un instant la moue lorsque Andrew Kant souligna bien que c’était plus pour assouvir une quelconque envie que par réelle sympathie, qu’il avait envoyé valdinguer la dent cariée de Letor. Ouais, les barrières étaient posées après tout, aussi profondément ancrées dans le sol que pouvait l’être celles séparant la Grande Vallée en deux. A quoi pouvait-il donc s’attendre de la part de Kant ? C’était son supérieur, pas son ami. Et Koah, comme il le soulignait si bien, n’était nullement indispensable.

Embourbé dans une mare de bouderie surgie du plus profond de son amour propre, le jeune homme lui aurait bien rétorqué avec véhémence que s’il n’était pas indispensable, pourquoi diable lui cassait-il les roubignoles pour une semaine de travail non presté ? Qu’il lui foute royalement la paix, alors ! Mais Koah se contenta de garder le silence. La dent qu’il avait rangée dans son pagne agissait comme garde fou et l’empêchait de se lancer tête baissée dans une confrontation sans queue ni tête.

Ce fut donc d’une oreille distraite par ses démons intérieurs que Koah écoutait les deux hommes se vanner l’un l’autre. Avec une rapidité excessive qui ne cacha pas ses élans fulminatoires, Koah frottait toujours les quelques tâches de sang lorsque Kant s’approcha de sa mère pour s’excuser. Au fond de lui, il espérait qu’elle s’emporte sur lui et qu’elle le zigouille comme elle savait si bien le faire. Ça lui ferait les pieds à mÔnsieur-je-n’ai-pas-besoin-de-toi-Koah-Lang-le-bon-a-rien !

« Je tiens à m'excuser pour ce que tu auras pu voir. A l'avenir je tâcherais de faire plus attention et d'être plus réfléchi. Ceci dit, il était inutile de faire nettoyer ton fils, je l'aurais fait moi-même. Après tout, ce n'est pas lui qui a cogné sur le visage de Letor... bien que je me demande si l'idée ne l'aurait pas emballé... »

Déjanire qui se trouvait au seuil de la porte de son atelier à quelques pas de la scène du crime était en train de crier ses ordres à ses nombreux apprentis boulangers lorsque Andrew s’adressa à elle. Aussitôt, le couperet tomba lourdement sur le jeune Maître Intendant. Il reçut un regard froid, le genre de regard qui faisait se décomposer la pire des brutes.

Déjanire, Maître boulanger de Lydée, appartenait à la Guide des Artisans, elle n'avait donc pas de compte réel à rendre à Andrew Kant qu'elle reconnaissait tout de même comme étant haut placé dans la hiérarchie de Lydée. Mais en bonne femme de caractère très connue à Lydée pour ses colères toujours justes, elle faisait souvent fi du rang des personnes qu'elle avait devant elle. Déjanire se comportait avec le tout un chacun, comme une mère excessive et autoritaire. Mais alors que son regard était posé dur sur le Maître intendant, celui-ci se radoucit aussitôt, et ce fut devant un Koah bouche bée de voir sa mère qu'il ne connaissait pas si conciliante, qu’elle lui tapota l’épaule.

« Gardez donc cet accès de violence pour vos parties de chasse la prochaine fois, Maître Intendant. Se comportez en Hankien ne sert qu’à déshonorer davantage votre honneur, et ce, bien plus que tout ce que pourrait dire ou faire cette grosse bourrique de Letor. »

« Et bien voilà !!! C'est tout bonnement du travail de maître ! Cette table est comme neuve. Ne m'applaudissez pas tous en même temps surtout... bande d'ingrats ! Et où en sont mes nouvelles recrues... mon catcheur de boulanger et mon jeune briseur d'étal ??? Vous formeriez un sacré duo tous les deux... de vrais casseurs de rongmols ! »

Un lourd regard renfrogné tomba sur Guerel en même temps qu’elle rejoignit les mains en prière. « Que Cheera nous préserve d’une telle union ! Oh Déesse ! Toi qui règne sans partage sur l’unicité des âmes, qu’elles soient d’amour ou d’amitié, épargne à la fidèle que je suis d’assister à une telle ignominie. Je commence à me faire vieille Déesse et je ne pense pas pouvoir régenter longtemps leur conduite exécrable qui semble se décupler en compagnie l’un de l’autre. Ne fais pas de ces âmes des âmes sœurs. C'est ton humble servante qui t'en conjure. »

Koah soupira avec bruit grossièrement comme un bœuf s’apprêtant à charger. « Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre comme conneries ! C’est mon Maître Intendant, et je suis son pas indispensable larbin a qui malgré cela, il casse les burnes pour un travail non presté ! »

Déjanire lui balança en pleine poire son vieux chiffon plein de farine. « Frotte râleur ! Et puis dégagez tous les deux de ce grenier ! » Son visage s’empourpra. « Je ne vous le dirais pas deux fois… » Un bruit de plat renversé se fit entendre dans l’atelier. « Maudit soit Kor ! Vous avez tous décidé de me rendre folle ! » Elle disparut dans son atelier, refermant violemment la porte derrière elle. De la pièce, on pouvait entendre ses lamentations excessives et ses hurlements autoritaires qu’elle balançait à tout va à ses nombreux apprentis qui devaient sans nulle doute être complètement désarçonnés derrière ces cloisons.

« Et voilà ! L’esclave non indispensable a terminé son travail ! Il est fin près pour accomplir une autre tâche ingrate. » Il fixa Andrew de ses grands yeux marrons-verts. « Allons-y, mon bon Maître Intendant. »

Le jeune Lydéen se releva, plutôt satisfait de son travail quand même. Les traces de sang semblaient avoir disparu. Il balança les chiffons dans le seau et l’écarta du passage pour le placer près d’une cloison, là où personne ne se prendrait les pieds dedans. Avant de s’éloigner sans un regard envers Andrew, il se tourna vers Guerel. « Merci mon bon monsieur d’une telle compassion pour mon humble petite personne insignifiante ! Ma bourse de jetons vous en sera éternellement reconnaissante. »

Puis, il s’éloigna sur la passerelle l’air de rien, les mains dans le dos, attendant près d’une rambarde qu’Andrew daigne le conduire au poste qu’il tiendrait pour le reste de la journée. Oh lui, lorsqu'il boudait, il n'en démordait pas !

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Andrew Kant
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mar 9 Oct - 15:22

Andrew fut d'autant plus étonné par l'attitude de Koah qu'il pensait avoir blagué un peu. Avait-il vexé le jeune homme ? Pourtant, ce n'était pas ce qu'il avait recherché. Guerel, qui semblait ne pas avoir suivi toute l'histoire le regarda un peu incrédule. Soit Koah boudait parce qu'il avait du nettoyer le résultat de l'intervention musclée du Maître Intendant, soit il n'avait pas aimé que Kant, lui dise qu'il n'était pas indispensable. En tout cas, Andy ne sut pas quoi répondre ni quoi faire. Il n'avait eu aucune intention de le faire passer pour un larbin ou une bonniche. Et puis, il ne prenait pas une semaine de travail perdue pour rien, cela importait beaucoup dans le village ! Comprenant qu'il devait voir avec lui les causes de ce comportement légèrement outré, Andrew voulut s'avancer vers lui mais Guerel lui fit signe d'approcher. Le chasseur s'exécuta et le potier lui murmura à l'oreille :

« Il t'en veut, le fiston ! Tu lui as fait boire son seau d'eau ou quoi ? Pëlos en soit témoin, j'ai jamais vu un gars aussi remonté ! C'est bien le digne fils de sa mère ! S'il a hérité d'elle... tu peux t'attendre à ce qu'il t'en veuille un moment... Mais enfin qu'est-ce que tu lui as dit ? »

« Je n'en sais rien ! Il rigolait bien... il m'a dit en riant qu'il était indispensable et moi, je lui ai répondu que non mais sans vouloir le vexer ! Je pensais qu'il prendrait pas ça au sérieux... »

« Ouh... Tu t'es mis dans de beaux draps ! En plus, tu lui as balancé ça devant pas mal de monde... »

« Excuse-moi mais j'ai du mal à te comprendre... tu as l'air de dire que c'est ma faute ! »

« C'est le cas Andy ! Réfléchis... Le fiston est réputé pour attirer les bourdes... les gens ici ne cherchent pas à comprendre... ils partent du principe qu'il attire la malchance et donc, ils l'évitent... En plus, aujourd'hui, il s'est fait littéralement jeté de tous les côtés. Toi d'abord, puis Letor, sa mère et à nouveau toi... Crois-moi, il doit se sentir isolé et c'est pas bon du tout... Il lui faut de la reconnaissance... »

« Mais enfin, je voulais pas le casser devant tout le monde. J'ai juste plaisanté et puis il n'est pas indispensable, moi non plus d'ailleurs... »

« Mon gars, c'est à toi de corriger tes actes. Moi, je suis qu'un potier réparateur de table. C'est toi son Maître Intendant ! »

Et sur ces mots dits tout bas il entra dans son entrepôt laissant Andrew seul avec sa conscience. Ce dernier regarda Koah qui tournait résolument le dos et ne lui accordait aucun regard. Il réfléchit à la façon de reprendre les choses... c'était dur à faire ! Parce qu'en plus d'être têtu si le jeune homme se vexait pour un rien... Alors qu'il s'avançait lentement vers lui, Andy ne put s'empêcher de penser que Logan risquait fort de passer par ce caractère là... Et qu'au pire des cas, il pourrait toujours avoir un aperçu grâce au glaneur. Il était à deux mètres de lui et commença d'une voix un peu hésitante :

« Euh... Je pense que nous nous sommes mal compris tous les deux... J'ai l'impression que tu as mal pris ce que j'ai dit. Personne n'est indispensable mais tout le monde est utile même toi. Je veux dire que ça n'est pas une question de vie ou de mort que je te brise les burnes pour que tu rattrapes ce retard... mais c'est une question d'utilité. Si tu ne le fais pas, nous aurons des difficultés mais le travail sera fait par quelqu'un d'autre un peu plus tard. Alors que si tu le fais, tu rendras un grand service à tout le monde. Je n'avais nullement l'intention de te rabaisser, hein... et je m'excuse si je t'ai froissé. »

« Et merci pour les caisses ! C'est bien rangé. En plus, il n'y a rien eu de cassé, ça je le savais ! Vous voyez, tous les deux, que quand vous voulez vous démolissez pas ce que vous touchez ». Guerel adressa un sourire entendu et il rajouta : « Vivement la prochaine fois que tu casses un étal ! Au moins je pourrais vous réengager !!! »

Mais Déjanire qui sortait à cet instant pour récupérer des choses diverses lui lança un regard si noir que le potier rentra à nouveau sans demander son reste. Andrew attendit que Koah lui parle ou pas... Peut-être avait-il décidé de le bouder pour tout le reste du temps... Il espérait avoir arrangé les choses, il était pas très doué avec la jeunesse... ça se voyait d'autant plus que Koah avait un comportement compliqué !

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Koah Lang
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MessageSujet: Re: 01 - Pour une bouchée de pain.   Mar 9 Oct - 20:43

Ce que ne savait pas encore Andrew Kant, c’était que Koah Lang était quelqu’un de caractériel. Le jeune homme pouvait passer du chaud au froid en quelques secondes à peine et ce, avec une facilité déconcertante. Mais surtout, ce que le Maître Intendant ignorait, c’était que Koah pouvait râler longtemps, très très longtemps juste par principe… même s’il avait oublié les raisons du pourquoi il faisait cela.

Ce qui avait refroidi le jeune Lang, ce n’était pas le fait que Kant puisse lui dire qu’il n’était pas vraiment indispensable, car cela, Koah avait l’habitude de l’entendre. Non, ce qui dérangeait vraiment le jeune glaneur, c’était d’avoir cru apercevoir une sympathie réciproque, au-delà le rang, et que celle-ci s’était envolée pour laisser place à une amère désillusion. Se ramasser de plein fouet et en pleine gueule que Kant était son supérieur et rien de plus, Koah n’avait pas apprécié. Après, il se faisait sans doute des idées fausses mais c’était le ressenti du jeune Koah, et seul celui-ci comptait dans ces moments là.

Malgré les nombreuses excuses du Maître Intendant, Koah n’en démordit pas. Il était toujours froid et distant, et sur son visage fermé se dessinait un air maussade. Cependant, il tenta de donner l’illusion que tout allait bien, de feindre une décontraction de circonstance. Un sourire qui ressemblait plus à un rictus se forma sur ses lèvres lorsqu’il lui dit d’un ton faussement enjoué :

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler Maître Intendant. Vous n’avez à vous excuser de rien. J’ai tendance à prendre très vite la mouche. Torsha m’a fait don d’une susceptibilité à fleur de peau. » Il roula les yeux lorsque sa mère lui ordonna de déguerpir d’un geste de l’index. « Il vaudrait mieux ne pas s’éterniser ici ou ma charmante maman risque d’appeler la milice en renfort. Nous nous rendons dans le pavillon de tri c’est bien cela ? »

Lentement, Koah entreprit de s’éloigner sur la passerelle en direction du pavillon de tri des céréales, fruits et autres denrées de la communauté. Plongé dans un épais silence, le jeune homme se refusait d’adresser la parole au Maître Intendant plus que nécessaire. Il avait hâte que tout ceci se termine enfin et que tous ici lui foutent une paix royale. Cette journée commençait à peser sur ses épaules plus qu’il ne l’avait imaginée en se levant.

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